Voyez ci-dessus page
qui nous raconte la façon dont La Vieuville donnait ses audiences (p. 8-12) : « Beaucoup de gens se plaignent qu'ils sont quelquefois quinze jours tout entiers sans vous pouvoir aborder : je dis de ceux mêmes qui portent la couronne perlée en leurs armes. Toute la faveur que vous faites aux plus considérables est de les laisser ruminer deux heures tout h leur aise dans votre galerie ce qu'ils ont à vous dire, afin qu'ils n'oublient rien qui les fasse revenir une autre fois. Il n'est pas jusqu'aux dames et aux grandes dames que vous n'y laissiez quelquefois en sentinelle, jusqu'à ce que par trois actes de contrition elles aient témoigné qu'elles se repentent vivement d'y être venues... [Votre femme] est bien aise de voir dans sa maison cette grande foule, qui est la marque de la grande faveur, et c'est ce qui entretient la grande foule que de ne parler qu'à trois ou quatre tous les jours, afin que les autres y reviennent. Et voilà comme vous faites : vous traversez au sortir de votre chambre une galerie et une salle aussi pleine d'hommes que votre tête de fantaisies, sans vous tourner vers personne, non plus qu'une image que l'on porte en procession : par vénéra-tion tout le monde ôte le chapeau et fait des révérences qu'elle ne rend point. Que si quelqu'un plus hardi que les autres vous assiège un plus de plus près [sic], vous entrez tout aussitôt en avertion [sic), appelant votre condition malheureuse de ce qu'elle ne vous donne pas une heure de relâche. Mais, qui vous a contraint de la prendre? Et qui vous empêche encore de vous délivrer du fardeau dont vous vous plaignez?... Encore, si après avoir longuement mugueté la porte de votre cabinet, on avoit quelque satisfaction de vous, passe ; il n'y auroit que du temps ! Mais le pis est qu'après vous avoir pris à l'oreille comme un sanglier, autant vaudroit, le plus souvent, d'avoir parlé à un sourd; car, ou vous ne répondez rien, ou vous répondez
en paroles générales avec tant d'ambiguïté que ce n'est qu'à recommencer. Quelquefois vous faites le plaisant et boufifonnez h votre aise, aux dépens d'autrui. Vous dites une chanson aux uns, vous voulez faire danser les autres, et tout cela avec des grimaces et des postures si extravagantes que le colonel d'Ornano en riroit, s'il ne craignoit que Monsieur lui en fît une réprimande. Vous faites même le pleureur quand il vous plaît. »
Appendice VI.
Un mémoire sur la préséance des cardinaux du Conseil.
Sur^ la question de préséance des cardinaux dans le Conseil, il existe un mémoire du temps qu'Aubery a publié dans ses Mémoires pour l'histoire... de Richelieu (p. 565- 569, édit. 1647), sous le titre de « Mémoire pour la préséance des cardinaux au Conseil du Roi, recueilli par M. le cardinal de Richelieu ». Aubery lui attribue la date de 1622. Ce même mémoire a été publié par Avenel dans les Lettres et papiers d'Etat du cardinal de Richelieu (t. II, p. 6-12), mais avec la date de 1624. Enfin, ce même document existe, entre autres copies manuscrites, à la bibliothèque de l'Arsenal (ms. 2027, fol. 30), mais il porte la date de 1623.
Or, ce « Mémoire pour la préséance des cardinaux... » fait allusion à la préséance donnée au cardinal de la Rochefoucauld lorsqu'il prit place au Conseil du Roi en 1623. La date de 1622 que donne Aubery doit donc être écartée, et il semble que nous devions admettre que ce factum a été composé à l'occasion de l'entrée de Richelieu au Conseil, c'est-à-dire en 1624 (et c'est l'opinion d'Avenel), ou qu'il le fut un peu antérieurement, en 1623.