Tanneguy Le Veneur, comte de Tillières, baron de Car
garde qu'il étoit du nombre de ces prophètes qui alloient sans être envoyés, se plaint de ce qu'on traite de cette affaire sans lui, qu'il y va du service du Roi et de l'honneur de sa charge.
Puyzieulx en informe le Roi, lui dit, prévoyant bien que c'étoit une imposture, que la Reine le nieroit, mais qu'il étoit très important pour son service d'en voir le fond. Il pensoit, ayant l'ambassadeur à sa dévotion, pouvoir donner à cette affaire le jour qu'il estimeroit le plus avantageux aux siennes.
Le Roi en parla à la Reine ; elle le pria de trouver bon qu'elle envoie justifier cette calomnie en présence de son ambassadeur. On le propose à Puyzieulx qui improuve cet expédient, disant qu'il avoit assez de moyens de l'éclaircir lui seul.
LL. MM. le font néanmoins secrètement. Le Roi en écrit de sa main à Bonnevaut* qui étoit lors en Anglerouges, était fils de Jacques Le Veneur, comte de Tillières, baron de Carrouges, et de Charlotte Chabot de Charny, et avait épousé en 1608 Catherine de Bassorapierre, la plus jeune sœur du maréchal. Nommé ambassadeur en Angleterre, il arriva à Londres en août 1619 et présenta ses lettres de créance le 15 septembre. Il quitta Londres en juillet 1624; ses lettres de rappel sont du 25 juin 1624. Il mourut en 1652.
1. Le sieur de Bonnevaut, peut-être Jacques de Bonnevau, gentilhomme ordinaire de la maison du Roi (d'après un reçu du 31 juillet 1612. Bibl. nat., Pièces originales, vol. 412; cf. Noël Valois, Iin'entaire des arrêts du Conseil d'Etat, t. II, n°' 7140, 10531 et 10914), avait la garde du cabinet des armes du Roi. C'est lui qui, en mai 1625, fut chargé d'aller apprendre au maréchal de Bassompierre l'arrestation d'Ornano [Mémoires de Bassompierre, t. III, p. 244). Louis XIII lui a fréquemment confié des missions analogues (Bibl. nat., ms. Français 3722, fol. 156, 159, 164, 165).
terre, non par forme de doute, mais pour donner ce contentement à sa mère.
Il se trouva que c'étoit* un fripon qui avoit été banni de l'Angleterre à la prière de Gondomar% pour divers scandales qu'il y avoit commis, deux fois prisonnier en Italie par l'ordre de l'Inquisiteur, et qui avoit parlé à la Reine sans aveu.
Puyzieulx, qui ne savoit pas l'instruction que le Roi en avoit tirée, lui dit qu'en cela elle^ étoit coupable d'un crime, qu'on ne pouvoit plus traiter avec elle en sûreté et qu'à l'avenir elle ne devoit avoir aucune communication des secrets de l'État.
La Reine ayant appris ce damnable artifice de la bouche du Roi le pria instamment de pardonner à celui qui en étoit auteur, mais d'avoir l'œil ouvert à ce qu'au reste de ses affaires il n'usât de si détestables artifices.
Durant que ces messieurs cherchoient à faire mal à une princesse qui ne leur en vouloit point, La Vieuville travailloit à leur faire recevoir celui qu'ils avoient mérité. Il avoit toutes les petites gens du cabinet à sa dévotion ; il s'en servoit, comme le singe de la patte du lévrier, pour les brûler : leurs témoignages étoient d'au-