‹ MémoiresChapitre 124 sur 172 · Le 20 juillet · texte numérisé non relu

Le 20 juillet

6. Melchior Klessel, évêque de Vienne en Autriche, cardinal en 1615, mort en 1630.

pu aux susdites démissions de l'Empereur, mais sous prétexte qu'il fomentoit un soulèvement très grand qui étoit survenu en Bohème, où tout le peuple s'étoit révolté contre l'Empereur, sous la conduite du comte de la Tour^, à raison de quelques temples que ceux qu'ils appellent évangéliques, c'est-à-dire communiant sous les deux espèces, avoient voulu faire bâtir en quelques terres ecclésiastiques, qui ne les avoient pas voulu souffrir et avoient été soutenues de l'Empereur.

Ce soulèvement vint si avant qu'ils tinrent en mai les États contre la volonté de S. M. I., jetèrent ses conseillers par les fenêtres du haut en bas du château de Prague-, ensuite prirent les armes, firent une armée, se défendirent contre celle que l'Empereur envoya contre eux, se rendirent maîtres de la Bohême, Silésie et Moravie, et reçurent promesse d'assistance des protestants d'Allemagne et des États de Hollande^.

Le roi Ferdinand et l'archiduc Maximilien^, supposant que le cardinal Klessel, comme nous avons dit^, connivoit avec eux, le firent arrêter à Vienne, le

1. Henri-Mathias, comte de Thui'n ou de la Tour (1580-1640), fut un des chefs du parti national bohémien dans la révolte de 1618; plus tard, il fut un des compagnons d'armes de Bethlen Gabor et prit part à la guerre de Trente ans sous Gustave- Adolphe et sous Wallenstein. Il y a. de la Thurn dans le ms. B.

2. Cet événement, connu sous le nom de Défenestration de Prague, eut lieu le 23 mai 1618.

3. De copieux détails sur ces événements sont donnés dans le Mercure français, p. 129-209.

4. Maximilien, archiduc d'Autriche, fils de l'empereur Maximilien II et de Marie d'Autriche, grand maître de l'Ordre Teutonique, mort en 1618.

5. Les quatre derniers mots ont été ajoutés en interligne, de la main de Charpentier, sur le manuscrit B.

2)0" juillet, au retour de Presbourg, où il avoit servi ledit Roi en son assomption au royaume de Hongrie. Et, afin de conserver, au moins en apparence, selon ce qui se pouvoit en telles rencontres, l'honneur dû à sa dignité en l'arrêtant, ils lui firent prendre un bonnet et un vêtement noir, le firent monter en un carrosse et l'envoyèrent par relais de carrosses jusqu'en Tyrol*. De ce pas ils allèrent trouver l'Empereur, qui ne savoit rien de ce dessein, et aimoit uniquement ledit cardinal, et lui dirent qu'ils l'avoient fait arrêter pour ce qu'il vouloit troubler l'union qui étoit entre eux, ce qu'il reçut avec autant de déplaisir que la foiblesse et la maladie en laquelle il se trouvoit l'obligèrent à témoigner le contraire. Ce lui fut un bien petit échange des maux qu'il avoit faits à l'empereur Rodolphe, son frère, du ressentiment desquels il étoit mort.

La mort du cardinal du Perron, qui arriva en septembre^, est bien digne de clore cette année, et sa vie et sa mort méritent d'être remarquées. Il étoit d'une maison noble de la Basse-Normandie, né toutefois en Suisse^, dont il se glorifioit à cause de la fidélité de la nation. Son père^ fut ministre et mourut le laissant jeune. Il vint à la connoissance de la vérité peu de temps après et eut cette bénédiction de ramener sa mère au giron de l'Église. Dès l'âge de vingt ans, il

1. Tout ce récit reproduit presque dans les mêmes termes la narration du Mercure français, p. 128.

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