En 1606, à la place de René de Beaune
revenant en France, l'an 1607, il composa les œuvres que depuis sa mort nous avons vues en lumière. G'étoit un homme doux et sans fiel, facile, bienfaisant et libéral, froid de son naturel et difficile de mettre en train de parler; mais, quand il étoit échauffé, il ne pou voit être épuisé ni se taire, tenant en cela, ce semble, et de la France de laquelle il avoit tiré sa première origine, et de la Suisse en laquelle il étoit né. Il mourut très chrétiennement, d'une suppression d'urine, assisté de l'évêque de Nantes^ et du P. [de] Bérulle'^, supérieur général des prêtres de l'Oratoire, n'ayant autre regret en sa mort que de n'avoir pas résidé en son archevêché^.
La continuation des maux, qui, non seulement rompt les chaînes les plus ibrtes de la patience, mais donne du sentiment aux plus insensibles, força enfin la Reine, nonobstant la résolution qu'elle avoit prise de supprimer ses maux par la souffrance, à chercher
1. Henri de Bourgneuf, évêque de Nantes en 1617, mort en janvier 1621.
2. Pierre de Bérulle (1575-1629), fils de Claude, conseiller au parlement de Paris, et de Louise Séguier, fut fondateur en France et supérieur général de la congrégation de l'Oratoire; il fut élevé au cardinalat en 1627.
3. Tallemant des Réaux, dans V Historiette qu'il consacre au cardinal du Perron (t. I, p. 105-106), donne sur sa mort des détails beaucoup moins édifiants, de même que Guy Patin, dans une lettre à Spon en date du 3 novembre 1649. L'éloge funèbre inséré dans le Mercure français, p. 269, se rapproche par plus d'un point de celui qui figure ici.
les moyens les plus puissants de sortir hors de la servitude en laquelle elle étoit injustement détenue, après avoir tenté en vain tous les autres plus doux.
Elle ne vouloit pas croire, au commencement, toutes les menaces qui lui étoient faites de l'envoyer hors du royaume, ou l'enserrer dans un monastère, croyant que son éloignement étoit un assez fâcheux exil, et le château de Blois, dans lequel elle étoit arrêtée non seulement au milieu des gens de guerre qui étoient autour d'elle, mais de ceux qui se disoient être ses serviteurs et étoient ses ennemis, une prison assez étroite pour assouvir la mauvaise volonté de ceux qui la haïssoient. Mais enfin, considérant par l'expérience du passé que ceux qui lui en vouloient ne trouvoient aucune violence difficile pour se maintenir en l'état où ils s'étoient établis par la même voie, elle n'en fait plus de doute et se résout de sortir de Blois* et se délivrer de la misère en laquelle elle étoit, qu'elle eût volontiers supportée, selon que je lui ai ouï dire plu-
1. Avec ces mots commence un premier emprunt fait à un document écrit par Cherré en vue de la rédaction des Mémoires et relatant des faits dans lesquels Richelieu joua un rôle particulièrement délicat. Il se trouve, en manuscrit, aux archives des Affaires étrangères, dans le volume France 772, fol. 243 et suivants, au milieu de papiers provenant du cabinet du Cardinal. En mar^e de ce récit on lit la mention suivante : L'affaire arriva ainsi. Faut voir le mémoire de M. le cardinal de la Valette. On trouve dans les Mémoires pour l'histoire du cardinal-duc de Richelieu, par Aubery, Cologne, 1667, t. I, p. 273, une Relation de la sortie de la Reine mère de Blois, dont la plupart des détails concordent avec ceux du récit inséré ici. Cette relation, extraite du cabinet de Talon, doit être la même que le Mémoire de M. le cardinal de la Valette, cité plus haut. Talon était en effet secrétaire de ce cardinal.
sieurs fois, si elle n'en eût appréhendé une plus grande.
Chanteloube, qui étoit venu auprès d'elle quinze jours après que je fus parti de Blois, commença à travailler à cette fin. Tous les grands de la cour qui étoient mécontents ne manquoient pas de faire diverses propositions à ces fins : tous parloient selon leur passion et peu faisoient des ouvertures raisonnables; beaucoup échauffoient l'esprit de la Reine et des siens et peu lui donnoient des remèdes. Enfin, après que l'on eut longtemps écouté ceux qui parloient sur ce sujet, entre autres les duc de Mayenne, prince de Joinville, cardinal de Guise*, duc de Bellegarde et autres particuliers, après même qu'on eut consulté le duc de Bouillon, qui étoit tenu pour un oracle en telles affaii'es, on estima que le plus propre à servir la Reine en cette occasion étoit le duc d'Épernon, tant à cause de son gouvernement qui étoit ^ en lieu où il la pou voit retirer aisément qu'à cause de son humeur audacieuse, plus tenante que celle de tous les autres.
Chanteloube faisoit de Blois à Paris plusieurs voyages, inconnu, pour conférer avec tous ceux qui étoient plus propres à animer la Reine qu'à la secourir. Ruccellaï, qui, quelque temps après la mort du maréchal d'Ancre, avoit obtenu permission de demeurer à la cour, sur la découverte qu'il fit au sieur de Luynes des deniers que le feu maréchal avoit à Rome sous son nom et le service qu'il promit lui rendre pour les lui faire toucher, travailloit aussi de son côté, quoique sans commission et sans aveu, et avec si peu de discrétion