LIVRE III, CHAPITRE XXIY
le Prince qui se porta lui-même à cet effort, a vu M»* quel devoir y a apporté le Marquis de la Force l , et combien de courage et de générosité ; l'on sait les témoignages qu'il en a rendus au Roi et partout, çt en quels termes sa Majesté en a toujours parlé. Je n'entreprends toucher que les choses qui regardent cette famille; ainsi je remets les autres matières aux historiens qui en écriront du tout amplement : j'ajouterai donc que son frère de Tonneins, qui commande, il y a longues années, au régiment qui étoit à ce siège, s'y voulut trouver lui-même; bien qu'il soit attaqué, il y a quatre ans, d'une grande paralysie de la moitié du corps, dont il a un bras du tout inutile, et que de la jambe, il ne s'en aide que fort peu et avec grande peine, il ne laissoit d'être continuellement dans la tranchée, et n'y avoit que peu de jours qu'il en étoit parti pour se prévaloir de la saison aux bains qui lui étoient ordonnés. Castelnaut, le deuxième de la famille, étoit avec le père, faisant la charge de Maréchal de camp dans l'armée qu'il commandoit, et les témoignages qu'il a ci-devant rendus de son courage ont bien paru dans toutes les occasions dernières qui se sont
1 Voir {eorre$ponianee$ t 25 septembre 1638) une lettre de Richelieu au Marquis de la Force, dans laquelle le Cardinal rend un témoignage éclatant de sa bonne conduite.
présentées et aux combats qui se sont déjà faits; et de même le troisième, d'Eymet', qui commande la compagnie de chevau-légers de la Reine, qui en a rendu de bonnes preuves et en France et aux guerres du Pays-Bas, où il a commandement d'un régiment de cavalerie, il y a longues années. Certes, je puis alléguer ici ce que l'on a souvent ouï dire au Roi, lorsque quelque occasion donnoit lieu de parler d'eux : C'est, disoit-il, la bonne race. Ils ne feront jamais autrement. Et toujours il a fait paraître qu'il en faisoit beaucoup d'estime ; il avoit donné à monsieur de Tonneins le Gouvernement de Mannheim» qui est une des plus importantes places d'Allemagne, sur le Rhin. Étant là, il y fit sa maladie pour la grande fatigue qu'il se donna, et lors sa Majesté lui bailla une charge de Maréchal de camp. Le dernier, qui est Castelmoron, il y a longtemps qu'il commande un régiment françois où il s'est toujours fait estimer ; et de nouveau, servant dans l'armée du Duc de Longueville, en Franche- Comté, sa Majesté l'envoya chercher pour lui donner le Gouvernement de la ville et château de Montbelliard, avec toutes les dépendances d'icelui, dont il y a quatre ou cinq petites villes, entre autres Béfort, Porentruy et Héricourt.
Ledit Maréchal étant arrivé à Paris, sort dés h