‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 58 sur 114 · SUR SA RETRAITE APRES SON GENERALAT · texte numérisé non relu

SUR SA RETRAITE APRES SON GENERALAT

Après quelque séjour, il visite aussi ses voisins *«•• de temps en temps, et se donne le plaisir de jouir de cette douce vie que donne le'repos de la maison à une vieillesse telle que celle en laquelle il étoit parvenu, après ses longs travaux et les grandes traverses qu'il avoit souffertes presque tout le cours de sa vie, étant dans de continuelles méditation? des grandes grâces qu'il avoit reçues du ciel, soit en sa personne et de toute sa famille, où les bénédictions de Dieu paroissoient extraordinairement. Ses affaires particulières l'obligèrent de faire un voyage à Paris, au mois d'octobre ; il prend son chemin du côté de Chartres et de la Normandie pour voir son fils, le Marquis de la Force, qui s'en étoit retourné avec toute sa famille à la Boulaye, qui est une de ses maisons. Ce fut une grande réjouissance de toutes parts, étant toutes ces familles

1 Ce qui suit ne faisait pas partie des Mémoires, mais en formait une annexe et était écrit sur une feuille détachée, de la main du Maréchal de la Force.

ta»», en si bonne amitié et si unies que rien plus. Il apprit là de son fils, que quelques jours auparavant s' étant mis en chemin pour aller trouver le Roi à Saint-Germain, il fit rencontre, étant dans son carrosse, d'un gentilhomme qui se disoit à monsieur de Soubise, lequel depuis longues années s'étoit retiré en Angleterre % , qui lui dit qu'il désiroit l'entretenir. Soudain il sortit de son carrosse et se promenant dans le grand chemin, celui-ci lui présenta une lettre où il n'y avoit que compliments, et sur la fin portoit créance.

Après l'avoir lue, l'autre s'approcha et lui dit qu'il avoit charge de le convier à être d'un grand parti qui se formoit en France par nombre de personnes de condition qui étoient assistées par le Roi d'Espagne et le Roi d'Angleterre, qui avoient deux puissantes armées sur mer, lesquelles venoient se saisir de la Rochelle.

Ledit Marquis étonné de ce discours, qui le surprit grandement, repart soudainement et lui dit : Monsieur de Soubise se mécompte fort ; je suis très-* humble serviteur du Roi et ne serai jamais autre. Ce

1 II continua k y faire des menées en faveur de son parti jusqu'à sa mort en 1641, quoiqu'il eût pu rentrer en France, ayant été compris dans l'acte de pacification du 29 juin 1629, par lequel le Roi lui accordait entière abolition pour le passé.

uns, m, CHAPITRE XXIV. 2B5

qui arrêta ce discoureur, jugeant bien qu'il s'étoit '•* mal adressé.

Ledit Marquis continua son voyage et s'en alla faire ce récit à monseigneur le Cardinal, lequel ' soudain lui dit : Je veux vous montrer que j'en sais plus que vous. Et tirant un papier de sa poche, lui fit voir un mémoire qu'il avoit sur ce sujet, auquel il étoit nommé, et se tournant vers lui : Vous avez été bien sage d'en user ainsi; si vous ne V eussiez fait, vous eussiez été en peine; allez-wous-en trouver le Roi et lui faites savoir la même chose que vous me venez de dire. Ce qu'il fit soudain, dont sa Majesté lui témoigna beaucoup de gré.

Ledit Maréchal, son père, continua son voyage et alla de là à Saint-Germain faire sa révérence à leurs Majestés, desquelles il reçut tout le bon accueil qu'il eût pu souhaiter, et de même de son Eminence, qu'il trouva à Ruel. Son principal séjour fut à Paris, où il demeura six à sept mois pour 1040. des affaires qui l'y retenoient. Les continuelles visites qu'il eut généralement de tous les Grands et même de plusieurs des messieurs du Parlement, ses amis particuliers, témoignent la bonne estime en laquelle il étoit de tout le monde. Il alloit de temps en temps faire sa cour à Saint-Germain, recevant toujours de grandes caresses de sa Majesté, qui lui

i«fc disoit souvent qu'elle désiroit qu'il conservât sa santé et qu'elle le réservoit pour le besoin, afin de s'en servir en une bonne occasion. Après avoir pourvu à ses affaires, il s'en revint chez lui avec la permission de sa Majesté.

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