‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 68 sur 114 · LES HABITANTS DE LA BOCHELLE AU BABON DE COPPET · texte numérisé non relu

LES HABITANTS DE LA BOCHELLE AU BABON DE COPPET

lis le prient de leur continuer ses bons offices pour le maintien de la paix.

uni Monsieur, nous envoyons vers vous MM. Victe et de Lalande, pour conférer avec vous sur les réponses que non* avons adressées au mémoire que vous nous aviez laissé, et vous délivrer nos lettres pour MM. le Duc de la TrémolUe, Maréchal de la Force et Députés généraux , vous conjurant de toute notre affection , que comme vous avez bien commencé, de ne vous lasser pas, et de continuer vos soins et votre diligence pour nous rendre jouissants de la paix; si on ne nous la donne à cette fois , on nous fera connoltee qu'on ne la désire pas , et qu'on veut ruiner les affaires d'Italie en retardant le secours qui seroit prêt tout aussitôt que les affaires de deçà seroient accommodés, et surtout qu'on abrévie le plus qu'on pourra les divers temps contenus en votre écrit, lesquels les Commissaires qui pourraient être nommés, sauroient bien prolonger selon leurs intérêts, comme ont fait tous ceux qui sont venus de par deçà pour l'exécution de la dernière paix. Le parsus vous sera représenté par nos Députés, auxquels ayant donné toute créance, nous ne ferons celle-ci plus longue que pour vous assurer, Monsieur, etc. Vos très-humbles et très-affectionnés serviteurs, les Maires» Echevins, Pairs, bourgeois et habitants de la ville de la Rochelle. De la Rochelle, ce 17 e mai.

10 août.

LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU ROI. S8f

Préparatifs de Spinola pour assiéger Calais. — Mauvais état de celte place. — La Force prie le Roi de donner des ordres pour la mettre en état de défense.

Sire, depuis deux jours que je suis arrivé en cette ville, teos. j'ai tâché de mettre le meilleur ordre à toutes choses qu'il m'a été possible, et ai voulu en bien reconnoître l'état avant de dépêcher vers votre Majesté, de même avoir quelque connoissance certaine du dessein que pouvoit avoir le Marquis de Spinola, et de ses préparatifs; cela je ne le puis que par les avis qu'en reçoivent les particuliers qui hantent dans leurs villes pour le trafic; mais tous leurs discours sont qu'ils viennent assiéger ceci, et que ledit Spinola agit au nom de l'Empereur, qu'ils font de très-grands préparatifs et par mer et par terre. Cejourd'hui M. de Mibèze, agent de messieurs des Etats, m'a dit qu'il venoit de recevoir avis de leur Amiral, comme leur dessein est d'attaquer cette place, et ont préparé à Dunkerque une grande armée de mer, et fait apprêter quantité de vaisseaux plats pour y charger tous leurs équipages d'artillerie, munitions, gabions et toutes choses nécessaires pour un siège, qu'il en donneroit avis ici, et que si Ton ne se prépare diligemment, Ton se trouvera surpris. Je crains fort que nous le soyons en beaucoup de choses, mais surtout pour leMarquisd'Humières.ayanttrouvémerveilleusementétrange qu'une place de telle importance ne fût autrement pourvue, car toute la garnison ne sauroit faire cinq cents hommes, dans lesquels il n'y a que le sieur de Paloyne, de capitaine, que votre Majesté y a encore envoyé depuis peu, et sept lieutenants pour les douze compagnies de Navarre; il y a aussi deux compagnies de cinquante hommes chacune, de la garnison ordinaire. J'ai dépêché ce matin en diligence la Noue, Maréchal des logis de l'armée, pour faire venir les régiments duVidame et d'Humières; mais il faut que je dise à votre Majesté que l'on m'a averti que depuis la dernière montre, ils ont perdu quantité de soldats, mêmement celui d'Humières, qui ne sauroit fournir trois cents hommes à présent ; de sorte que j'ai encore mandé celui de Vervins; par l'état qui est entre les mains deM.Doquerre, il y doit avoir quatre mille hommes.

lOMtt.

Votre Majesté juge bien que s'ils s'engagent à cette place, que ce sera avec un puissant équipage, «et qu'ils s'yopiniâtreront à outrance, déporte que pour y faire une vigoureuse résistance il nous faudrait bien des hommes davantage. Je supplie trèshumblement votre Majesté que par ses commandements elle fasse dHigenter le tout , et que nous puissions aussi avoir davantage d'hommes de commandement. Il ne se faut point attendre de pouvoir jeter du secours par le pont de Nieulay, car il ne se peut conserver à présent, ni empêcher qu'As ne s'en saisissent d'abord, n'y ayant rien de fait, et le travail qm y est nécessaire ne sauroit être fait de quatre mois ; néanmoins nous n'avons pas laissé de le dessiner et de le faire entreprendre; mais nous courons au plus hâté et faisons faire un bon travail devers le côté de la mer sur l'avenue de Grave- Rues, que j'estimeêtre l'endroit le plus dangereux. Ledit sieur de Mibèze se persuade qu'ils seront à nous avant ne soit huit jours, car il dit qu'ils prétendent nous surprendre, ayant une si claire connoissance de tout l'état de cette ville, par lelîbre accès qu'y donne le commerce, qu'ils n'ignorent rien de ce qui y est, et m'a fait de grands discours pour me représenter de quelle importance est cette ville à l'Espagnol, les avantages qu'il en pourroit retirer, ayant bien reconnu la faute qu'ils avoient faite par le passé de la quitter. Tout cela, Sire, me redouble le courage et l'affection de bien servir votre Majesté ; j'espère que Dieu me fera la grâce de lui en faire voir les effets. J'ai, avec M. le Gouverneur, visité tous les magasins de vivres, munitions et armes; il y a force manque de bled, nous sommes après à en retirer du voisinage, surtout du nouveau si on nous en donne le temps. Il n'y a que trois pièces d'artillerie en la ville et quatorze dans la citadelle; M. le Gouverneur fait grande difficulté de s ! en dégarnir, et a désiré que j'en demande d'ailleurs à votre Majesté, et des munitions. On les peut conduire à Amiens et de là par eau; il ri"y a pourtant qu'un canonnier , il est besoin d'y en envoyer <st quelques officiers ; mais encore qu'il y ait deçà défaut, pourvu que nous ayons des hommes, je m'assure que nous -en rendrons bon compte à votre Majesté. Elle jugera, s'il lui plaît, s*il n'est pas nécessaire qu'elle se rende puissante sur mer; comme f estime qu'elle peut avoir l'assistance de l'ÀngteterTe

LA MARQUISE DE LA fOKC JU7 ffttQGIS DE LA FORGE, 4M

Mém Etats, qumt leur intérêt bien ayant à facomeraftÂMi 4e celte flaoe, la diligence y est fort veqirise; fat faftqoe 4L de Af tèèee a dépêché vers r ÀMÉrai des Etats pour «sise *eoir quatre bons wkaaeaux.

Je suis «près pour trouver des hommes «fiées fogr «Broyer le pîws avaat q*e je pourrai dus leur pays, pour £t*e averti, si je puis, de ce qat se passe, et ne manquerai en Amies occurrences de donner avis à votre Majesté de %ont*e 4*e je jugerai le mériter, faisant prière à Dieu incessamment, etc. A Calais, ee 10 e d'août

LA MJJtQUISE IW LA FORCE AV MARQUIS DE LA FORGE.

Elle attend ses commandements pour aller le rejoindre. — Duels de Bouteville et de Torigny, et d'Hocquincourt et de Louvigny.

Monsieur, ayant appris à ce soir le retardement du voyage 1826a du messager d'Abbevilie, j'ai voulu ajouter ce mot à ee*e 5 que je vous écrivis à soir par lui, pour vous dire comme nia nièce garde toujours le lit, et ne sera en état de partir d'ici, au discours du médecin, de huit ou dix jours. A ce soir, Monsieur m'a dit qu'il avoit envie de parier à M. de Beauclerc, de vous faire venir ici, à quoi je ne lui ai rien répondu, parce que l'incertitude de votre volonté sur l'indisposition de ma nièce, me retenant encore, c'eût été seulement lui donner possible opinion que je ne fuyois que sa présence ; mais si ma nièce *ût été ea état de partir , ou vous en volonté d'agréer mon voyage sans elle, je lui eusse dit ne pouvoir me dilayer davantage le contentement de vous voir. Il m'a dit que peuinêtre n'muriez-vous pas grande satisfaction de cette demeure d'Abieville, et que vous aimeriez autant celle de la Fère, qui fait que je voiîs supplie me dire franchement votre volonté; car si ma nièceTétoit guérie quand je la recevrai, et que vous me êmez connokre que ee vous fût chose indifférente de demeurer là ou de venir ici, je partirois soudain, n'ayant à cda aucune affection de choix, que celui qui me donnera le plus tût

ce contentement de vous voir. M. de Belluion { et l'Ambassadeur de Savoie ont fort convié au 2 et proposé force

avantages en cela; je ne sais si sur ces occasions, le Tané voudroit approcher le Bleu de lui pour avoir ses avis. On n'a point encore de nouvelles des députés qui sont allés à la Rochelle pour l'acceptation de la paix. Le Roi est, dit-on, fort offensé contre les Anglois, de ce qu'ils ont arrêté trois courriers que M. de Blainyille envoyoit en France, et lui ont défendu l'entrée du palais royal en qualité d'Ambassadeur. Boufe~ ville 8 a ce matin tué le Comte de Torigny d'un coup d'épée dans le cœur, et son écuyer a aussi tué celui de Torigny; la Frette 4 se battoit avec les deux morts contre un tiers, dont je ne sais le nom. L'on dit que Hocquincourt ne mourra pas; c'est en ôtant ses éperons et sans avoir l'épée à la main, que Louvigny l'a blessé par derrière, dit-il. Je reviendrai encore à mon premier discours, pour vous supplier de croire que je suis toute prête à faire tout ce qu'il vous plaira, et que dès le lendemain que j'aurai reçu vos commandements, j'y satisferai, Dieu aidant, et croyez, je vous supplie, que je n'ai point une plus forte affection pour les choses du monde, que d'être auprès de vous et de vous plaire et obéir, etc. A Paris, ce jeudi soir 5 6 mars.

Nouvelles de la Rochelle. — Le Comte de Soissons refuse de faire sa paix. — Levée du siège de Saint-Afrique.

lte ** C'est par notre porteur d'eau qui s'en veut aller jusqu'à

1 Sans doute Bullion.

' L'espace marqué par des points était rempli par des chiffres composés de lettres grecques et françaises, barrées d'une certaine manière.

* Le duel de François de Bouteville, Comte de Montmorency, avec M. de Torigny, de la Maison de Matignon, eut lieu effectivement en 1696.

4 II est à remarquer que Bury et les autres historiens font battre, quelques mois après son duel avec Torigny, Bouteville avec la Frette, tandis que la Marquise de la Force dit expressément que la Frette se battit en même temps contre un troisième qu'elle ne nomme pas : Bouteville eut sans doute un autre duel avec la F relie, où celui-ci se battit personnellement contre lui. Bouteville fut décapité en Grève le 31 juin 1637.

LOUIS Xm AU MARQUIS DE LA FORCE. 285

Cugnac , que je vous fais ce mot. Nous avons vu à ce matin M. de Peyrac, qui est de retour de son voyage. Il a vu tous ces messieurs de Limousin, que M. de Schomberg avoit amenés à l'armée. Ils disent qu'assurément ceux de la Rochelle n'ont faute de rien que de vin, et qu'ils ont des vivres largement pour quatre mois , et par le retranchement et l'ordre qu'ils y ont mis, les feront durer six mois; qu'on ne croit pas à l'armée qnel'Anglois vienne jusqu'à la Madeleine ; qu'il y a force maladies à l'armée; qu'ils ont vu M. de Senneterre; que la réception que lui avoit faite M. le Cardinal, étoit qu'il n'y avoit en France homme qui eût mieux mérité d'avoir la tête tranchée; que M. le Comte (de Soissons) n'a point fait sa paix, parce qu'on le vouloit forcer à épouser la Princesse Marie (de Mantoue), afin de le mettre mal avec Monsieur, ce qu'il n'a pas voulu faire. De plusieurs lieux, on a eu la confirmation que ce siège de Saint-Afrique est levé, et que M. le Prince n'y a reçu que de la honte. M. de la Faye n'est point venu; il n'étoit pas chez lui, et n'y devoit venir de huit jours. M. de Saint-Maurice est céans, lequel m'a dit que M. de Saint-Orse avoit fait force bruit sur ce que lui avoit dit M. de Bourzolles, et avoit brigué tout le monde; aussi ce dernier presse fort, disant qu'il n'y a pas de sûreté pour lui ; que le Tané pourra avoir sauvegarde pour sa famille, mais que lui n'a point travaillé à cela, et croit qu'il a grande envie d'aller au lieu d'où est écrite la lettre que ma sœur a envoyée à mon frère. Mandez-moi si vous êtes d'avis que le Bleu envoie Mery vers le sieur de Pelautier pour lui mander ce que me mandez dans votre billet. Dieu vous tienne en sa sainte garde,et vous préserve de tout mal. A. de Caumont. A Castelnaut, ce vendredi matin.

LE ROI AU MARQUIS DE LA FORCE

Arrestation des Gantes de Roucy et de la Suie. — Le Roi invite le Marquis de la F orce à venir le trouver .

Monsieur le Marquis de la Force, j'ai su de mon cousin le Maréchal de la Force, votre père, que vous étiez sur le point de me venir trouver, et que vous en avez été retenu sur ce que j'ai fait arrêter les Comtes de Roucy et la Suze; mais

8 mut.

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LA KALQVHB Bfi LA FORCE AU MAtÉCffAL ME LA VOftCC.

Persécution contre les Protestants. — Affaires d'intérêt. — La Rochelle se donne atrx Angfoi?.

27 mai. Monsieur» je n'arrivai qu'à soir de Castelnant en ce lieu dala Force» où je n'ai rien vu ni appris digne de voua étape mandé. Depuis que ces navires sont disparus de la. côte de la. Rochelle* on ne mène paa si grand bruit. Toutefois, j'apprend* que vers l'Angoumois et SakOonge, on parle de mettre garnison es maisons particulières, notamment à Montboyer, cette bonne place. La Marquise de Marigny y passa ces jours, qui assembla tout ce petit peuple, et leur dit qu'elle les voûtait achever d'acheter, et qu'ils, seroient fort soulagés quand on croiroit qu'ils ne seroient plus à vous; mais ils se mirent à pleurer, et m'ont depuis fait dire qu'ils vous donneroient ce qtfife pourroient pour se ferre racheter. Néanmoins je ferai savoir ce qu'elle voudra vous donner; mais je ne crois pas que ee soit grand cas, car m attend née eoafiseatime» Poar " MaatpowUae^ je ne croie pae non ph» fwyoïK c» dette espérer beaucoup, wm le ftespeo* les CarthohqneuRwtwme ne vantent rien acheter de noue, et œm de la ftetigfcn n'e-

LE MARQ*» B£ IA iOKK AU KOI. 2M

liai :- mus .y ferona ce qui se pourra. Mandez-moi» je von» supplie* ce que devez à madame de Marigny , et quand le titmede l'engagement échoit Nous oonetaereusj Dknaidmfj tkmein la ferme de céans et de Mussidav. Vous dite* que le bien de; votre Maison a doublé en voa naine, il est vrai, et vas dette» ne se sont- point faîte» ni par prodigalités, ni pan faites ou vaines dépenses, et si les négociateurs de voa affaire* t'en fussent bien acqafttiéft, vous eussiez, bit une trop» puie* santé Maison ; mai* Dieu, qui conduit toutes choses à sa glotte et à nette salut, ne Ta pas vouhi ; ainsi encore e» resterottril assez pour vivre honorablement et avec contentement, ai Km nonsdoanoit une bonne paix; mats je crains qne ce que noua avens toi», nous soit bonîeveraé. On m'a assuré, et je le crains bien, que la Rochelle s'est tout à fait donnée à Y Angkris, et a mis les enseignes angloises sur les bastions : si cela est, voilà un grand commencement d'embrasement, et les effets de la guerre sont si douteux. Quand je pense aux vieilles guerres angloises, je frémis. Dieu nous veuille donner, s'il lui plaît, ce qu'il connolt expédient pour sa gloire et notre salut. Je crois que M. le Marquis de la Force vous enverra au lieu de Méry un très-honnête homme de Mussidan, nommé Saint-Pierre ; nous vous écrirons par lui plus au long. Cependant je prîe Dieu qu'il vous veuille conserver et bénir toutes vos actions, et que jepuisse avoir l'honneur de vivre et mourir avec la qualité, Monsieur, de votre très-humbîe et très-obéissante fiHe, Saveillês. A la Force, ce 27 e mai.

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