‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 70 sur 114 · DE PAR LE ROI · texte numérisé non relu

DE PAR LE ROI

4 août. Tous nos Lieutenants Généraux, Gouverneurs de nos provinces et villes, Chefs et Conducteurs de nos gens de guerre, Baillifs, Sénéchaux, Prévôts, Juges ou leurs Lieutenants, Maires, Consuls, Echevins et Jurats de nos villes, Capitaines et Gardes établis aux portes d'icelles et sur nos ports, havres, ponts, péages et passages et tous autres; nos Justiciers, Officiers et sujets qu'il appartiendra, salut. Le sieur Marquis de la Force s'en allant en Hollande , nous voulons et vous mandons que vous ayez à le laisser sûrement et librement passer avec ses gens, armes, chevaux et équipages, par chacun de vos pouvoirs et détroits, sans lui faire ni donner aucun trouble ou empêchement , ains toute aide , faveur et assistance, car tel est notre plaisir. Prions et requérons en outre tous Princes, Potentats, Républiques et tous autres, nos amis, alliés et confédérés, permettre et favoriser le passage dudit sieur de la Force par chacun de leurs pays, terres et Seigneuries de leur obéissance, offrant de notre part faire le semblable en cas pareil. Donné au camp devant la

Rochelle, le 4 e jour d'août. Signé : Louis. Et plus bas : Pbélypeaux.

4 août

LE ROI AU MARQUIS DE LA FORCE

Il l'autorise à aller en Hollande.

Monsieur le Marquis de la Force, j'ai été bien aise que vous « aoù t. m'avez renouvelé, ainsi que vous avez fait par votre lettre du dix-septième du mois passé, les assurances de votre fidélité et affection au bien de mon service, même sur les impressions que l'on m'a voulu donner de vos déportements, et que vous favorisiez le passage de mes sujets rebelles de ma province de Guyenne à Montauban, de quoi bien que j'aie reçu divers avis, néanmoins vous devez croire que cela n'a en rien diminué la bonne opinion que j'ai prise de la sincérité de vos intentions, dans laquelle je serai toujours davantage confirmé lorsque , par de véritables effets , vous continuerez de me témoigner ce qui est de votre zèle et dévotion en mon endroit, ainsi que je vous y exhorte. Cependant, sur l'instance que vous me faites de vous permettre d'aller faire un voyage en Hollande, jo vous ai d'autant plus volontiers accordé le passe-port qui vous est nécessaire pour cet effet, que vous éloignant, cela fera cesser les craintes et défiances où ceux de votre voisinage et autres, mes sujets, étoient entrés de votre conduite et résidence par delà. C'est ce que je répondrai à votredite lettre, et prie Dieu, Monsieur le Marquis de la Force, qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrit au camp devant la Rochelle, le 6 e jour d'août. Signé : Louis. Et plus bas : Phélypeaux.

Arrivée à Sedan. — Mission de M. de Chissonne. — Défaite de Wallenstcin.

Je crois que vous serez bien aise d'apprendre par celle-ci aetepicmbw. comme j'arrivai dès avant-hier en cette ville, fort heureusement, Dieu merci. J'envoie demain à Bruxelles pour avoir un passe-port de l'Infante ; on ne sauroit être de retour de huit ou dix jours, tellement que je ferai tout ce séjour en cette ville, m. 19

U9t« où j'ai été repu avec force honneurs et compliments. On y ^septembre. a un g ran d déplaisir de la révolte de M. de la Trémouille et de la captivité de MM. les Comtes de Roucy et de la Suze. On a envoyé depuis peu M. de Chlssonne vers le Roi , avec lettres de MM. de Berne pour demander leur délivrance; la Reine-Mère a aussi écrit en leur faveur, mais je ne sais si on le doit espérer. Nous avons ici la Cène dimanche prochain et l'autre d'après ; j'y participerai , s'il plaît à Dieu ; oela est cause que toute cette semaine nous avons prêche ou catéchisme. Il y a quatre ministres en cette église, fort excellents. Il y a plaisir d'être en lieu où en passant par les rues , on oit chanter les psaumes. Je n'ai point vu ici de réfugiés de Paris que je connoisse, que M. et mademoiselle Àusannes ; on n'a point de nouvelles que les Anglois soient encore partis. Le bruit est que le Roi de Danemarck prospère et qu'il a défait Wallenstein. Il ne se fait rien de cette année en Hollande; M. le Prince d'Orange est vers Berg-op-Zoom, où il fait quelques fortifications : cette place est si importante qu'il la veut mettre en état de ne pouvoir être prise. Il avoit eu quelque dessein d'enlever quelques troupes de l'ennemi , mais cela n'a pas réussi. La pauvre mademoiselle de Bouillon est fort triste de la prison de son fiancé ; je l'en airpe davantage, c'est une fort honnête fille. Je tous prie , mandee-moi des nouvelles du retour de Mery, et des vôtres bien particulièrement. À. de Catjmont. à Sedan, ce mardi 26* septembre.

LA MARQUISE DE Là FORCE A LA MARÉCHALE DE LA FORCB.

L'armée anglolse deram l'Ile de Rhé. - Violences eiereées contre madame de Badefoi. — On met garnison dans son château. — Commission du Roi pour faire raser le» maisons fortifiées des Protestants.— Peste de Toulouse.

Madame, je loue Dieu de votre bonne santé et du contentement de l'entrevue de vous et de M. le Marquis de la Force; je8uppliele Créateur dele conduire heureusement et ramener de même. Je sais bon gré à ma fille d'avoir été bien aise de le voir, et marrie de son prompt départ; Dieu lui doint sa grâce et la bénie. J'ai envoyé demander à madame de Biron des lettres d'adresse à quelqu'un des gens de M. de Saint-Flour

LA MARQUISE DE LA FORCE A IA MARÉCHALE DE LA FORCE. Mi

pou* assister le maréchal, de Daglan, que j'envoie, Dieu ai» tau» dant, en Auvergne pour vous acheter des molets, car il a'y • *•*■*

connott très-bien, se dit on, et je n'ai aussi autre personne que j'y puisse envoyer; j'y ferai toute diligence possible* mais on me dit que quasi tous les mulets d'Auvergne sont bais, et que difficilement en trouverons- nous de propres à servir, parce qu'on les vend tous à deux ans. On dit que l'ar* mée angloise est à la rade devant Rhé , je ne sais s'il est vrai» On fait courir sur cela force bruits sans grande apparence de vé* rite, mêroement de la paix qu'on dit être comme accordée et se devoir conclure, les armées en présence. Je vous mande tout ce que je sais, parce que si le paquet étoit ouvert, on verroit plutôt les lettres de Monsieur que les vôtres. Je commencerai par la prison de madaftie de Badefol, qui bien mal à pto* pos eut envie de faire connoissance avec la Comtesse de Gur-> son, et partit mercredi pour l'aller voir: étant près de Bergerac, elle rencontra un exempt et deux archers du corps accompa* gnés de la Gardelle et de quelques soldats de sa compagnie; ils l'arrêtèrent de par le Roi, et sommés de la mettre dans sa maison, la font retourner jusqu'à la Linde, où étant, elle s'évanouit et dit se trouver si mal, qu'elle ne sauroit passer outre. L'exempt et tes archers demeurent avec elle à la garder en un logis de la Linde, si exactement qu'on n'eût au parler à elle, et soudain envoient la Gardelle se barricader devant le château de Badefol, qu'elle leur a fait ouvrir ce ma* tin pour sortir de prison) soudain ils ont inventorié tout ce qui étoit dedans, y ont mis garnison, et l'exempt s'en venoit à Limeuil sommer M. de Rignac d'y recevoir garnison au château, parce que M. d'Epernon n'y en avoit pas laissé comme on disoit; seulement en avoit-il mis au château de Lanquais, au commencement petite, depuis bien grosse, et est nourrie aux dépens du seigneur, sur le revenu de la terre. Cet exempt a dit s'en venir aussi à Carlus et Beynac, et l'homme de la Religion qui a vu sa Commission, dit qu'elle porte d'en mettre partout où il jugera nécessaire pour le service du Roi. Nous avons eu avis que son principal dessein est de prendre Y Incarnat i ; je crois que son plus grand effet

1 Noos ignorons quelle est la personne que la Marquise a voulu désigner sous cette dénomination.

$ octobre.

sera le pillage des maisons qui ouvriront; celui de Badefol est déjà donné, et toute la confiscation, comme je crois, à M. de Biron pour salaire de son emploi. Le prétexte de cette confiscation est qu'elle a retiré mademoiselle de Bergues, sa parente, et que Sainte-Foi de Longa partant de là, est allé à Montauban. Je crains qu'on se saisisse du Taniet qu'on suscite quelque déplaisir au Bleu. Je vous baise très-humblement les mains et suis, Madame, votre très-humble et trèsobéissance fille, Sa veilles. A Castelnaut, ce 8" octobre.

P. S. Ne doutez nullement de ce que je vous mande, car je le tiens de ceux qui l'on vu. J'oubliois de vous dire que la Commission du Roi qu'a cet exempt, porte commandement à tous Gouverneurs, Lieutenants de Roi, Sénéchaux, Baillifs, villes et communes, de donner main-forte audit exempt pour l'exécution d'icelle, et dit-on qu'il a charge de faire raser jusqu'aux fondements toutes les maisons fortes, ou en bonne assiette seulement. Il devoit sortir de Bergerac aujourd'hui ou demain, cinq compagnies de la garnison, lesquelles avec plusieurs recrues qui roulent il y a longtemps es environs, dévoient venir de deçà donner main forte à cet exempt. La peste est si grande à Toulouse, que je crains que les paquets qui en viennent, communiquent du mauvais air au mien qu'on met avec eux, et que cela vous porte du mal; aussi les chemins sont si contagieux que le courrier ne sait plus où passer, et fait un grand détour; je ne sais si je vous oserai plus écrire à cause de cela. Je vous supplie d'envoyer toutes les lettres que je vous écris à M. le Marquis de la Force.

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