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sur plusieurs occurrences qui s'étoient passées, et less. avertie de ses mauvais desseins, prend resolution de s'oter cette épine du pied et de l'attaquer vivement, part elle-même de Mousseaux, envoie devant au sieur de Saint-Chaumont ^, Maréchal de camp qui commandoit l'armée, l'ordre de bloquer Nancy, qui est la principale forteresse du Duc ; le Roi s'y achemine en diligence avec le reste des troupes qui étoient sur pied, commande au Maréchal de la Force de le suivre, auquel soudain qu'il est arrivé, il donne le commandement de l'armée et fait faire au Marquis de la Force la charge de Maréchal de camp.
Le Cardinal de Lorraine s'emploie pour traiter d'un accommodement; sa Majesté prête volontiers
raine de son mariage avec elle, tandis qu'il prétendait le posséder de son chef et en vertu de la loi salique établie par René II.
1 Melchior Mitte de Chévrières, Marquis de Saint-Chaumont. Le Président Hénault prétend qu'il fut le premier Lieutenant général ; il se trompe, s'il a entendu parler du grade; à la vérité le titre est beaucoup plus ancien; d'Epernon l'avait reçu, en 1621, comme Saint- Chaumont en 1630, mais il n'était attaché qu'à une Commission temporaire; car nous voyons ici 31. de Saint-Chaumont employé comme Maréchal de camp trois ans après l'avoir été comme Lieutenant général. Le Marquis de la Force, qui servit en qualité de Lieutenant général sous Condé en 1638, et le Marquis de Feuquières sous le Duc deLongueville, sont les premiers Lieutenants généraux. C'est sous la minorité de Louis XIV que l'on en accrut singulièrement le nombre.
1633. l'oreille à ses propositions, proteste qu'elle ne veut plus être abusée ; cependant fait loger son armée tout aux environs; ordonne les travaux pour la circonvallation, donne la tâche à tous les princisciuembrc. P^^^ officicrs, comnic aux ]\ïaréchaux de camp et autres ; un chacun fait à l'envi à qui avancera le plus son ouvrage ; ledit Maréchal de la Force avoit la direction sur le tout, soit à dessiner les forts et les lignes, soit pour la conduite. Sa Majesté, comme très-intelligente , ordonnoit de tout et le vouloit toujours avec elle. Le Cardinal de Lorraine, qui voit que s'il attend les extrémités il met tout l'État en grand péril, porte le traité jusqu'à ce point qu'il accorde, suivant le pouvoir qu'il en avoit du Duc son frère, de remettre la place de Nancy entre les mains du Roi sous les conditions dont ils demeurent d'accord ; après plusieurs allées et venues, le traité est 6 septembre. signé dc part et d'autre; le Duc, qui est en campagne avec son armée, le ratifie; néanmoins quand il est question de venir à l'exécution, il s'y rencontre toujours des difficultés, et l'affaire tire à telle longueur par des remises continuelles, que sa Majesté irritée, et même sur les avis qui lui sont donnés que ledit Duc, bien qu'il eût signé l'accord, avoit mandé dans la ville, par-dessous mains, à ses confidents de n'en rien faire et de tenir bon, et cela
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sur l'espérance qu'on lui donnoit du dehors de quelque secours, ce qui le faisoit demeurer avec son armée sur les frontières de la Franche-Comté; sa Majesté donc prend résolution de le faire attaquer, commande au Maréchal de la Force de prendre cinq ou six mille hommes de pied et vingt cornettes de cavalerie, deux couleuvrines et quatre petites pièces, le tout bien équipé, et d'aller droit à lui pour le pousser partout et le charger en quelque part qu'il fût. Ledit IMaréchal ayant marché trois jours avec cet équipage, le Duc en est averti et juge bien de quoi il lui va et qu'il n'est plus temps de marchander. Il dépêche vers sa Majesté, lui demande un sauf-conduit pour lui vingtième, afm de se rendre près d'elle et de satisfaire à l'accord. Cet acheminement du Maréchal fut un grand moyen pour accélérer les affaires; en effet l'effroi fut si grand parmi les troupes du Duc qu'il ne pouvoit empêcher qu'elles ne se dissipassent, ce qui l'obligea à s'en aller diligemment trouver sa Majesté, et il envoya un des siens vers le Maréchal de la Force pour lui faire savoir son acheminement et le prier de ne passer outre, vu qu'il alloit donner tout contentement au Roi.
Le lendemain il passa à Épinal, où étoit le Maréchal avec l'arméC; lequel l'accompagna demi-lieue
1633. avec cent ou six-vingts gentilshommes, et il se rendit
19 septembre. ^ ^ . i r^ t i i t» • i i • 1 1
a Charmes ou monsieur le Lardmal de liichelieu 1 attendoit. S'étant entretenus tout le jour suivant, ils allèrent ensemble trouver le Roi au siège de Nancy, où ayant résolu toutes choses, ladite place fut re- 24 septembre, misc entre les mains de sa Majesté, avec l'ordre en telles choses accoutumé. Le Marquis de la Force eut charge de recevoir la garnison qui étoit dedans et de les escorter deux lieues. En ce même temps le Roi envoya faire commandement au Maréchal de la Force de s'avancer avec son armée jusqu'au Comté de Montbelliard et de jeter un régiment dans la ville pour sa conservation, suivant la prière que lui en avoient faite les habitants, qui se mettoient sous sa protection, étant alarmés et du bruit qui couroit de l'approche du Duc de Feria ^ avec une armée qu'il menoit d'Italie, et craignant d'ailleurs une levée qu avoient faite ceux de la Franche- Comté, enfin les troupes de monsieur de Lorraine, qui étoient proches d'eux et les avoit fait sommer de le recevoir. Le Maréchal s'étant avancé à une journée de Montbelliard, y envoya le régiment de
* Don Gomez Suarez de Figueroa de Cordoue Duc de Feria, Gouverneur du Milanais et Général des troupes espagnoles en Allemagne ; il était envoyé au secours de rÉlecteur de Bavière. Il mourut au commencement de 1634, par suite de ses fatigues et du chagrin que lui causa la destruction de son armée.
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Castelmoron , escorté de six ou sept cornettes de less. cavalerie, en attendant que monsieur le ÎNIarquis de Bourbonne*, qui avoit été pourvu par le Roi de la charge de la place, y fut arrivé avec les troupes qu'il y devoit conduire.
Après cela , sa Majesté s'en retourna en France et dépêcha vers le Maréchal de la Force, avec ordre de ramener son armée et de la mettre en garnison sur les frontières, dans les trois Évêcliés de Metz, Toul et Verdun ; le Roi renvoya en même temps le Marquis de la Force le trouver pour y faire sa charge de Maréchal de camp, avec ordre de lui dire qu'il se tint près de la ville de Nancy pour appuyer le Comte de Brassac ", qui avoit été pourvu de ce Gouvernement, etôter le moyen à ceux qui y voudroient entreprendre de pouvoir le faire; ce dont il avoit des avis tous les jours, même à cause du désespoir où il vôyoit tous les habitants, et des
^ Charles de Livron Marquis de Bourbonne Maréchal de camp. Voici ce qu'en dit Talleraant des Réaux : « Le [Marquis de Bourbonne, qui n'avoit pas de réputation pour la bravoure, donna des coups de bâton à Beautru. 11 en fit un vaudeville où il y avoit :
Bourbonne Ne bat personne, Cependant il me bàtonne »
2 Jean de Gallard de Béarn, Comte de Brassac, Chevalier des Ordres. 11 fut successivement Ambassadeur à Rome, Ministre d'Etat et Surintendant de la Maison de la Reine.
1633. continuelles allées et venues du Duc de Lorraine, qui témoignoit couver encore quelque malice. Ledit Maréchal fit sa demeure pour quelque temps à Toul, qui n'est qu'à trois lieues de Nancy, où il se rendoit fréquemment.
Peu de jours après, le Roi reçut nouvelles que le Duc de Feria, qui venoit d'Italie avec une grande armée, ayant passé les montagnes , éloit déjà à «octobre. Constance (d'où il fit lever le siège que les Suédois y avoientmis); qu'Aldringen ', avec une forte armée de l'Empereur, étoit venu le joindre et que tous deux descendoient en Alsace, où ils firent lever aussi le siège de Brisach, place également sur la rivière du Rhin et bien importante.
Les Suédois se trouvèrent foibles et lâchèrent le pied partout ; le bruit court que ces deux armées font ensemble quarante mille hommes, et que leur dessein est de passer en Flandre. Sa Majesté dépêche au Maréchal de la Force l'ordre de remettre promptement son armée ensemble, et de s'avancer vers la frontière du Comté de IMontbeUiard, soit pour la conservation de la place, soit pour s'opposer à tout ce que lesdites armées voudroient entre-
i Jean, Comte d'Altringer, Mestre de camp, Général des troupes impériales. Il prit part à la chute de Wallenstein.
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prendre qui pourroitêtre préjudiciable, suivant les i633. instructions qui lui en étoient envoyées.
Le Maréchal ne perd pas de temps; il donne à deux jours de là le rendez-vous de toute l'armée à Cliaj^mes, en Lorraine , et marche ensuite à Rambervillcrs, auquel lieu il n'est pas sitôt arrivé qu'il reçoit avis sur avis du Marquis de Bourbonne, Gouverneur de INÏontbelliard, que lesdites armées ont attaqué et pris sur les Suédois la place de Befort, qui n'est qu'à deux lieues de lui, et le prie donc de s'avancer diligemment pour le secourir, car il est averti qu'on veut l'attaquer.
Dés le lendemain, le Maréchal partj le second jour arrive à Remiremont , jette devant lui quinze ou seize cornettes de cavalerie, fait prendre des logements jusqu'à deux ou trois heures des armées ennemies , ordonne d'avoir incessamment des batteurs d'estrade sur les champs, afin de prendre langue et de lui mener tous les prisonniers qu'ils pourroient attraper ; outre cela , il avoit plusieurs personnes qui étoient envoyées dans lesdites armées, pour être bien sûrement averti de leur état et de tout ce qu'ils feroient. Dés le jour suivant, il en revient quelques-uns qui l'assurent qu'Aldringen avec son armée a repris le chemin de Brisach pour repasser delà le Rhin. Le lendemain, il a aussi
1M3. avis que le Duc de Feria étoit parti de Befort bien diligemment et avoit remonté vers le Comte de Ferrette; soit qu'ils en eussent eu d'abord le dessein , soit qu'appréhendant l'approche de l'armée du Roi, ils se fussent retirés, cela donnoit toujours réputation aux armes de sa Majesté, et ainsi Montbelliard demeura en sûreté.
Plusieurs avis viennent que ledit Duc de Feria avoit ordre de passer en Flandre, et qu'il étoit déjà arrivé dans le Luxembourg trois mille chevaux et six régiments d'infanterie pour favoriser son passage. Sa Majesté, qui ne veut pas qu'il passe dans ses terres, mande au Maréchal de la Force de se placer en lieu pour s'y opposer, et qu'elle lui envoyoit encore vingt cornettes de chevau -légers, deux de gendarmes et quatre ou cinq régiments d'infanterie. De tous côtés on voit de grands préparatifs; il semble qu'en l'assiette où se trouvent les affaires , qu'il est question de coups d'importance et qui vont h la réputation des Couronnes.
En effet, l'armée du Roi étoit alors composée de près de vingt-cinq mille hommes de pied et de trois mille cinq cents chevaux • mais tout cela en si bon état, si complet, tous les olTiciers s'y étant rendus, qu'il ne se pouvoit rien voir de plus superbe et ca-
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pable à la vérité d'en combattre deux fois autant. 1633. Aussi le dessein du Duc de Feria de passer en Flandre est-il rompu.
Ces grands préparatifs de toutes parts et cela sur la fin de l'année, donnent sujet de croire qu'on verra au printemps de grandes choses; cela convie un chacun à vouloir y participer ; plusieurs volontaires de la Noblesse delà Cour s'acheminent vers l'armée ; le Pioi témoigne une grande confiance au Maréchal de la Force ; en cflet sa ^lajesté lui commet la conduite de tout , se reposant entièrement sur son expérience et bonne conduite, ce qui est dans l'approbation générale, et n'y a aucun qui ne dise qu'il le mérite bien. Il est certain qu'il avoit ce bonheur d'être en telle estime parmi les gens de guerre, qu'il ne s'est point trouvé de Général commandant les armées du Ptoi qui y fût tant aimé ni tant désiré , et je dois ajouter ici une remarque qui s'est faite de plusieurs pour admirer la Providence de Dieu en sa personne et en sa famille , qu'après avoir souffert de continuelles persécutions et après avoir été réduit à toutes sortes d'extrémités , il se soit vu lui et les siens non-seulement hors de cette misère, mais en une si grande prospérité que d'avoir le commandement sur ceux-là mêmes qui l'avoient persécuté , et d'être signalé par toute la
1633. France pour celui qui étoit en la plus grande considération et sur lequel sa Majesté se reposoit le plus pour la direction de ses armées.
Trois grandes monarchies, l'Empire, l'Espagne et la France, étoient sur le point de se heurter ; les deux premières contre la France^ à cause qu'elle appuyoit les Suédois , les Protestants et les IIollandois; tout étoit donc en armes de tous côtés; l'on voit toutes sortes de préparatifs pour faire de grands efforts à qui prendra le dessus ; l'on s'attend à voir r^nnée prochaine quelque grande crise dans les affaires du monde.
Le Roi n'y ouhlie rien ; force Commissions nouvelles sont expédiées pour renforcer son armée, et par la confiance qu'il témoigne avoir en l'expérience et fidélité du Maréchal de la Force, lui commet tout entre les mains avec un pouvoir absolu. 1834. Lors des grands progrès du Roi de Suéde, plu-
sieurs des Princes Electeurs de l'Empire avoient eu recours au Roi et demandé sa protection; entre autres, l'Electeur de Trêves avoit supplié sa Majesté de prendre ses meilleures places, même celles de Coblentz, Hermanstein et Philippsbourg. Les deux premières le furent effectivement, et cette exécution se fit par le INIaréchal, qui avoit l'ordre du Roi d'y établir monsieur de la Saludie avec un
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régiment de mille hommes et cent chevau-légers ; i«m il les conduisit assez avant et prés de la rivière du Rhin. Pour Philippsbourg, le Gouverneur, nommé Bamberg ', joua un autre jeu, car il refusa de remettre la place et depuis y reçut des troupes de l'Empereur, ce qui obligea les Suédois de l'attaquer par blocus qui dura bien six ou sept mois; se trouvant réduits à l'extrémité, ils recoururent à monsieur l'Electeur, lequel en donna avis à sa Majesté et la supplia d'y faire approcher des troupes, le Gouverneur assurant qu'il les reccvroit. L'ordre fut donné au Maréchal de s'en approcher et sa Majesté lui manda qu'elle avoit dépêché vers le Chancelier Oxenstiern^ qui se tenoit à Francfort et qui avoit été nommé, après la mort du Roi Gustave- Adolphe, Directeur des affaires et des armes de la Cour de Suède et de celles des Protestants, afin qu'il consentît que ladite place que le Gouverneur lui vouloit remettre, lui fût délivrée, attendu que l'Electeur s'étant mis sous sa protection, cela ne pou voit être refusé.
Le Maréchal de la Force s'approche vers la ri-
' Le colonel Gaspard Baumbcrghcr.
2 Axel, Comte Oxcnslicrna, Chtincelier de Suède, liomnic d'Klat célèbre, maintint la prépondérance de son pays en Allemagne. Après la mort de Gustave-Adolphe, il se fit nommer Directeur des affaires des Confédérés protcstantspar l'Assemblée d'IIcilbronn, en 1633. III. 5
66 MÉMOIRES bU DUC DE LA FORCE.
«»34. viére du Rhin avec l'armée et donne vingt cornettes de cavalerie, trois de carabins et deux régiments de gens de pied au Vicomte d'Arpajon \ l'un des Maréchaux de camp, pour s'avancer vers Philippsbourg, attendant la réponse que feroit le Chancelier Oxenstiern, et cependant il étoit chargé de mettre garnison à iNIagdebourg à la prière dudit Electeur, à qui celte place appartenoit, ainsi que dans deux autres également à lui, ce qui fut exécuté.
Le Chancelier usa de remises, disant que tous les Princes voisins y éloient intéressés et qu'il ne pouvoit y donner de résolution sans leur avis et consentement. Le Gouverneur de Philippsbourg, ce même Bamberg qui avoit déjà trompé son maître et qui craignoit de ne pas bien trouver son compte de ce cùté-là, les Suédois d'ailleurs lui odrant une 15 janvier, condltiou avantagcusc, il l'accepta et leur délivra la place.
Sur ce temps-là, le Maréchal de la Force a avis que les villes de Ilagiienau et de Saverne se irouvoient en nécessité de vivres et qu'ils étoient venus assiéger Bouxviller avec sept ou huit pièces, pour se munir des bleds-<]u'ils espéroient tiouver
' Louis, Vicomte puis Duc d'Arpajon, ÎNIarquis de Sevcrac, Che- >alier des Ordres, cl mort Lieutenant général en 1679.