PRÉFACE
En livrant cet ouvrage à la publicité, je rends hommage à la mémoire de mon père.
Il paraît vingt ans après la mort du chancelier d'État.
« Ce délai est nécessaire pour que les écrits que je laisserai après moi parviennent à maturité pour le monde des lecteurs. »
C'est à peu près en ces termes que s'exprima mon père en différentes circonstances. Sans être lié par une clause testamentaire, j'accomplis par piété filiale ce vœu, qui d'ailleurs était dicté aussi par des considérations politiques.
Quant à la manière de mettre en œuvre les matériaux dont se compose cette publication , l'éditeur jouissait d'une entière liberté. J'ai choisi la forme qui m'était indiquée par la nature même de ces matériaux.
Dans un Mémoire intitulé : Mon testament politique, que le lecteur trouvera à l'endroit voulu de l'ouvrage,
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le chancelier d'État explique dans les termes suivants le silence littéraire qu'il a gardé dans sa propre cause :
« J'ai fait de l'histoire ; voilà pourquoi je n'ai pas eu le temps de Y écrire. Moi , du moins , je ne me suis pas reconnu l'aptitude nécessaire pour remplir cette double tâche. Quant à me consacrer à cette œuvre après mon retour à la vie privée, j'étais trop avancé en âge pour le faire. Eloigné des sources auxquelles il aurait absolument fallu puiser, loin des Archives, j'aurais été réduit à ne consulter que ma mémoire.
«J'ai reculé devant cette entreprise, maisye cherche une compensation en indiquant la forme que voici :
« L'histoire de mon ministère , qui a duré près de trente-neuf ans, se trouve tout entière aux trois sources suivantes :
« Dans les Archives du département que je dirigeais, c'est-à-dire dans des pièces qui embrassent l'espace de temps écoulé depuis la bataille deWagram, livrée dans le cours de l'été 1809, jusqu'au 13 mars 1848;
« Dans un recueil de documents que je laisse après moi, sous le titre de Matériaux destinés à servir à l'histoire de mon temps ;
« Dans des correspondances que j'ai entretenues et dans des écrits que j'ai rédigés depuis que je suis rentré dans la vie privée.
« L'historien impartial qui voudra puiser à ces trois sources à la fois y trouvera d'abondantes matières.
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une influence considérable sur les destinées de l'Autriche elle-même.
A ces trois époques de la vie de Metternich correspondent les trois premières parties de cet ouvrage.
La quatrième et dernière partie se compose de documents de diverse nature, qui, pour plusieurs raisons, ne se prêtent pas à une division par ordre chronologique et se classent plus facilement suivant le genre des matériaux.
Pour le moment, la première partie, comprenant deux volumes et embrassant la période de 1773 à 1815, sera seule livrée à la publicité. Les autres parties paraîtront bientôt et se suivront de près, car les travaux littéraires qu'avait nécessités la publication de tout l'ouvrage sont assez avancés pour que rien ne retarde l'impression de l'ensemble.
L'ouvrage paraît simultanément en allemand , en français et en anglais. Comme les documents laissés par Metternich sont écrits partie en allemand, partie en français, il a fallu avoir recours à des traductions pour l'édition française et pour l'édition anglaise.
Afin de suffire à cette lourde tâche, j'ai dûm'assurer l'aide de quelques amis compétents. Je suis heureux de le reconnaître, j'ai trouvé des collaborateurs dont le concours m'a été précieux. Des hommes remarquables par leurs lumières et animés d'un vif intérêt pour mon œuvre m'ont prêté l'appui de leurs sages et judicieux
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conseils. Je dois nommer surtout Son Excellence le conseiller intime 1. R. baron d'Aldenburg, dont les rares connaissances et la grande expérience ne m'ont jamais fait défaut. Je n'ai pas moins d'obligation aux fonctionnaires du gouvernement, aux directeurs et aux employés des Archives de l'État, pour la parfaite complaisance qu'ils m'ont témoignée. Ils auraient mis à ma disposition le trésor tout entier des Archives de l'Etat pour me permettre d'enrichir cette œuvre historique. Toutefois, je n'ai usé que dans une certaine mesure de cette obligeance et de cette libéralité que je ne saurais assez reconnaître; j'en ai profité notamment pour combler certaines lacunes que présentait le recueil de documents fait sous les auspices du chancelier d'État luimême, et destiné à la publication qu'il voulait faire, et pour compléter les matériaux laissés par lui en puisant dans les Archives publiques. Des emprunts plus nombreux n'auraient fait qu'altérer le caractère de mon œuvre.
Je dois enfin nommer, comme mon véritable collaborateur dans cette grande entreprise, mon ami le conseiller aulique de Klinkowstroem. Chargé de trier et de classer les écrits laissés par le chancelier d'État, il a donné à cette vaste collection de matériaux la forme sous laquelle le fruit de ses longs travaux littéraires se présente au public.
Maintenant, je laisse la parole à mon père, à celui qui n'est plus. Que le lecteur entende l'homme luimême dont la voix puissante retentissait jadis dans
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« Ce n'est ni l'amour-propre ni la manie de vouloir avoir raison quand même qui m'ont poussé à faire connaître au public les idées et les sentiments qui m'ont guidé dans tout le cours de ma carrière politique. Le sentiment qui m'inspire repose sur une tout autre base ce qui y domine, c'est l'élément historique et le souci de la vérité. *
Le lecteur trouvera encore en maint autre endroit de l'ouvrage des idées analogues à celles qui viennent d'être rappelées ; partout revient la pensée qui a empêché le prince de Metternich d'écrire une histoire suivie de sa vie et de ses travaux, c'est-à-dire de se livrer à une entreprise qui aurait forcément abouti à la rédaction d'une histoire universelle de la première moitié de notre siècle, pour peu que l'ouvrage eût dû être complet.
Le public n'attend pas non plus de la plume du fils du chancelier l'histoire de cette époque , ni le tableau de ces luttes gigantesques et de la longue ère de paix qui les a suivies, de cette ère qui portera le nom de l'illustre chancelier, quelque ambitieuse que ouisse paraître cette affirmation. Mais ce que le public acceptera peut-être volontiers de la main du fils de Metternich, ce qu'il ne peut recevoir de p±emière main que de lui, ce sont les notes, les mémoires, les correspondances, etc., que le chancelier a déposés dans les archives de sa famille, et qu'il a désignés lui-même comme un recueil de matériaux destinés à servir à l'histoire de sa vie, non sans exprimer en même temps le
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vœu formel que ces documents originaux fussent publiés pour les historiens de son temps.
Réunir les écrits laissés par mon père, les classer suivant la nature des objets aussi bien que suivant l'ordre chronologique, et les compléter par endroits au moyen d'emprunts faits aux Archives de l'État, telle a été ma tâche. J'ai été guidé dans mon travail par le désir de mettre en lumière le caractère du prince de Metternich en reproduisant ses écrits avec une fidélité scrupuleuse, et de montrer sa grande figure telle qu'elle est, sans l'altérer par les additions d'une plume étrangère.
Les grandes divisions qui se retrouvent dans la vie et dans les travaux de Metternich m'ont amené naturellement à répartir et à ranger les « écrits qu'il a laissés » en trois sections , correspondant à trois époques :
La première époque, de 1773 à 1815, commence à l'année de la naissance de Metternich et se termine au célèbre Congrès de Vienne.
La seconde époque, de 1816 à 1848, embrasse l'ère de la paix générale, qui se tiouve close au moment où le chancelier d'État se retire de la scène politique.
La troisième, de 1848 à 1859, est l'époque du repos pour Metternich ; elle s'étend jusqu'à la mort du chancelier, survenue le 11 juin 1859, à une époque qui eut