‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 18 sur 74 · LE PIÉMONT · texte numérisé non relu

LE PIÉMONT

Parmi tous les Gouvernements italiens, le Piémont est sans contredit celui dont la marche administrative et le système politique réclament Tattention la plus soutenue. Ce pays réunit tous les éléments de mécontentement les plus prononcés, et sous ce point de vue, je trouve le tableau que trace Manzi très-fidèle.

Ce qui est moins exact , ce sont ses réflexions au sujet des appréhensions que doivent faire naître les armements de cette puissance. Il est vrai que depuis sa restauration le Roi de Sardaif ne n'a cessé de travailler à former son armée et surtout à préparer les moyens de la porter promptement à un degré de force considérable , hors de toute proportion avec les finances et le chiffre de la population de ses États. Pourtant les résul-

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tat.s iTomI r«'|toii(lii jus(|iri'i ce jour ni ù ses rK'urls ni à ses espéraiifcs.

.!(! crois iK-.niinoins r|in', in;il{jr(^ les motifs Hc juste mécontentcmont qui exi^liMit dnns les Ktals sai'(l(;s et m^'Mne dans le pays de (»éiies, qui siippojjc impatiemment le jou(j de c(;lle puissance et ne dissimule pas le vil' icfjret qu'il éprouve d'appartenir ii la Sardaigne, je crois, dis-je, qu'il n'y a pas lieu de craindre nn niouv<*mrnt rcvolnlioiniaire dans ce pavs.

La politique astneiense du (labinel de Turin est donc présentement l'unique objet qui doive attirer notre sérieuse attention. Votre Majesté peut s'être convaincue dans plusieurs circonstances que je ne perds jamais de vue ce point important, et que j'ai donné à entendre clairement à ce Cabinet que nonseulement nous n'ijjnorions aucune de ses menées , mais encore que nous étions en mesure d'en prévenir les effets.

Il est hors de doute que le Cabinet de Turin nourrit des vues ambitieuses , qu'il ne peut réaliser qu'aux dépens de l'Autriche, .l'ai été récemment à même d'en fournir une preuve convaincante au Cabinet de Saint-James, et je l'ai invité en même temps à surveiller avec nous les allures du Cabinet sarde. C'est à cela que nos efforts, selon moi, doivent se borner pour le moment. La Cour de Sardaigne a , surtout depuis la réunion de Gênes à ses États, trop de raisons de tenir à conserver ses relations avec l'An^jleterre pour risquer de s'en^jager dans une voie politique qui serait contraire aux vues du Gouvernement britannique. Ce puissant motif arrêtera donc nécessairement les projets ambitieux que la Cour de Sardaigne nourrit à notre égard aussi longtemps que nous serons étroitement liés avec la Grande-Bretagne, et c'est précisément ce contre-poids que nous opposerons constamment aux intrigues qu'on entretient à Turin avec la Cour de Russie. En outre, le ministère actuel du Roi est peu estimé et ne possède la confiance d'aucun des autres Cabinets; même dans son sein, il est divisé sous le rapport des opinions et des vues.

Dans ces circonstances, l'état actuel des choses en Sardaigne nous offre, j'en suis convaincu, malgré les sentiments défavorables de cette puissance à notre égard , la possibilité de

neutraliser pour lon<jtemp3 encore les effets fâcheux de ces sentiments; nous y jéussirons en exerçant une surveillance constante et rigoureuse sur ses allures, et eu continuant de suivre la marche franche , correcte et ferme que nous avons adoptée dans nos rapports avec elle.

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