‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 115 sur 370 · MARÉCHAUX REÇUS · texte numérisé non relu

MARÉCHAUX REÇUS

des duchés, et on peut croire que Nangis qui servoit dans son armée, où le marché se conclut, et qui étoit un de ses plus Las courtisans, de la complexion dont il le connoissoit sur la bourse , ne lui tint pas la bride haute; Villars donc jusqu'à son enregistrement n'étant considéré que comme duc à brevet, c'est-à-dire non vérifié ou enregistré, n'eut aucun rang dans l'ordre, jusqu'à ce qu'il le fût; il marcha entre les maréchaux de Chamilly et de Châteaurenauld , comme leur ancien de maréchal de France et tous trois ensemble furent présentés par le comte de Solre et par le marquis d'Effiat. Après avoir reçu Tordre, ils prirent les dernières places après tous les chevaliers, et Villars comme eux. MM. d'Étampes et de Puysieux présentèrent après les maréchaux de Vauban, Rosen et Montre vel qui s'assirent après avoir reçu l'ordre après les trois autres maréchaux, et au retour delà chapelle chez le roi , marchèrent tous six les derniers de tous , et le maréchal de Cœuvres précéda tous les chevaliers qui n'étoient pas ducs.

Je remarque ce détail qui, depuis l'institution de l'ordre, a toujours été observé et pratiqué sans aucune difficulté de même, et il se trouvera dans la suite que cette remarque n'est pas inutile. J'ajouterai que les preuves de Rosen ne furent que testimoniales. Torcy.qui comme chancelier de l'ordre rapporta les preuves , ne montra que les attestations du commandant pour le roi de Suède en Livonie, et des premiers seigneurs et des principaux magistrats du pays, qu'il pouvoit entrer dans tous les chapitres nobles. Torcy s'appuya de l'exemple des maréchaux de Schomberg. père et fils, dont le dernier fut duc et pair d'Haï luyn, et du cardinal de Fiirstemberg, dont les preuves pour l'ordre du Saint-Esprit ne furent que testimoniales.

Achevons de sortir de la matière de l'ordre. Le marquis de Bedmar y avoit été nommé, ses preuves admises, et il le portoit en attendant qu'il fût reçu ; le roi avoit été extrêmement content de lui , lorsqu'il avoit été gouverneur des armes aux Pays-Bas. sous l'électeur de Bavière, gouverneur général de ces provinces depuis l'avènement de Philippe V à la couronne d'Espagne, et encore davantage depuis que le commandement en chef roula sur lui par intérim , tandis que l'électeur fut en Allemagne. Bedmar, sorti de bonne heure d'Espagne, avoit toujours servi au dehors: il avoit de l'esprit, de la grâce, du liant, des manières douces, affables, honnêtes. Il étoit ouvert et poli avec un air de liberté et d'aisance fort rare aux Espagnols: de la valeur et du maniement des troupes: grand courtisan, qui fit son capital de plaire aux maréchaux de Yiiieroy et de Boufflers , qui le vantèrent fort au roi , à nos officiers généraux, particuliers, et de bien traiter partout les troupes françoises. De tout cela le roi le prit en amitié , demanda et obtint pour lui la grandesse de première classe que sa naissance comporloit fort, le fit chevalier de l'ordre, et depuis le malheur d'Hochstedt et le retour de l'électeur aux Pays-Bas, lui procura la vice-royauté de Sicile, que le cardinal del Giudice n'exerçoit que par intérim. Bedmar quitta donc les Pays-Bas. Il salua le roi le 2 mars, et en fut reçu en homme comblé de ses grâces. Le 8 . il fut reçu extraordinairernent chevalier de l'ordre avec Harcourt. qui le précéda comme plus ancien duc que Bed-

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146 ACTION DEVANT VERUE. [1705]

mar n'étoit grand, et ils furent présentés ensemble par le maréchal de Yilleroy et le duc de Beauvilliers. Tout se passa comme aux fêtes de l'ordre, excepté qu'il n'y eut qu'une messe basse: il n'y avoit presque point d'exemple de réception hors les fêtes de l'ordre. Il se trouva pourtant que le marquis de Béthune , l'allant porter au roi de Pologne son beau-frère , avoit été reçu ainsi , et nous verrons dans la suite le duc d'Aumont l'être de même partant pour son ambassade extraordinaire d'Angleterre. Reprenons maintenant le fil ordinaire.

Il se passa une assez grande action le soir du 26 décembre devant Verue. M. de Savoie fit passer le pont de Crescentin, par un brouillard fort épais, à la plupart des troupes qu'il avoit dans ce camp, et qui, sans entrer dans Verue , dont on se souviendra qu'elles avoient la communication libre, vinrent envelopper les tranchées par la droite et parla gauche , se rejoignirent à la queue, pour couper toute retraite pendant qu'elles attaqueroient par les deux flancs et par la queue même, et qu'en même temps la tête le seroit par une sortie de la garnison. C'est ce qu'elles exécutèrent. Chartogne, lieutenant général, et Imécourt, maréchal de camp de tranchée, rassemblèrent tout ce qu'ils purent pour faire face partout et se défendre; le premier y fut blessé et pris, l'autre tué. Cependant l'attaque fut si bien soutenue partout . que M. de Vendôme , qui venoit de se coucher , eut le temps de faire prendre les armes à six brigades d'infanterie , à la tête desquelles il rechassa les ennemis de tous les postes qu'ils avoient pris ; ils tinrent assez dans la batterie; mais à la fin ils cédèrent et furent poursuivis jusque dans le fossé. Il y eut force monde tué et blessé de part et d'autre, mais beaucoup plus du leur. M. de Savoie étoit cependant dans une des tours du donjon, attendant un meilleur succès. Leur surprise fut grande le lendemain , lorsque , de vingt-trois pièces de canon qu'ils avoient enclouées, ils virent et entendirent qu'on avoit trouvé le moyen d'en désenclouer vingt et une , qui tirèrent sur eux à l'ordinaire.

Le siège de Gibraltar se poussoit comme on pouvoit. Six vaisseaux anglois s'y présentèrent le 24 décembre , escortant sept frégates destinées à y entrer et à y porter du secours, Pointis les attaqua, prit quatre frégates, mais il ne put empêcher les trois autres d'entrer et de porter aux assiégés mille hommes de secours , avec les munitions et les rafraîchissements dont elles étoient chargées. Le roi d'Espagne envoya quatre mille hommes de renfort à ce siège.

Marlborough fut reçu en Angleterre avec des acclamations et des honneurs extraordinaires. La chambre basse lui envoya une députation. Son orateur le harangua; il le fut aussi par le chancelier, lorsqu'il alla prendre séance pour la première fois dans la chambre haute ; ils ne voulurent point souffrir le maréchal de Tallard dans Londres, ni près de cette ville où il avoit été longtemps ambassadeur, et avoit conservé i'orce connoissances. Ils l'envoyèrent fort loin de là et de la mer , à Nottingham, avec les prisonniers les plus distingués, et répandirent les autres ailleurs. Ils eurent tous les lieux où on les mit pour prison , avec la liberté de se promener partout, et même à la campagne, mîis sans découcher, et doucement observés de fort près

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