‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 179 sur 370 · DIFFICULTÉS POUR LA SUCCESSION DE BRISSAC · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS POUR LA SUCCESSION DE BRISSAC

toutes ses démarches. Il étoit tous les matins chez moi, et mes gens d'affaires conduisoient les siens pas à pas. Ce ne fut pas sans peines et sans obstacles. Le maréchal de Villeroy lui en aplanit un qui eût ruiné tous nos soins : il lui rendit favorable le premier président Harlay, esclave de la faveur. Le maréchal en brilloit alors, et Harlay , de plus, se trouvoit flatté de sa parenté proche; la mère du premier maréchal de Villeroy, grand'mère de celui-ci, étoit Harlay, fille du célèbre Sancy.

Deux difficultés capitales étoient en ses mains, gouvernant comme il faisoit le parlement à baguette. La maréchale de Villeroy , sœur de mon beau-frère, et son héritière naturelle et nécessaire, avoit renoncé à sa succession en faveur de Cossé, leur cousin germain. Le maréchal de Villeroy l'y avoit autorisée , et fait renoncer aussi ses enfants. Mais il ne dépendoit pas de la faveur d'une héritière de faire un duc et pair. En acceptant la succession, la dignité demeuroit éteinte*, parce qu'elle n'étoit pas pour les femelles; en y renonçant, Cossé qui étoit mâle, issu de l'impétrant, recueilloit la dignité avec la succession. Ainsi, la succession ne lui arrivant qu'au refus d'une femelle , on lui pouvoit objecter qu'il ne pouvoit recevoir que ce que la femelle auroit recueilli , en qui la dignité se seroit éteinte , par quoi il n'étoit recevable qu'aux biens non à la dignité, et c'est ce à quoi Cossé n'eût jamais pu parer si cette objection lui avoit été faite par gens qui eussent eu qualité pour la pouvoir faire , tels qu'étoient les pairs , surtout les postérieurs à l'érection de Brissac.

L'autre difficulté , dont le premier président fut le maître , avoit une autre épine plus fâcheuse encore, et qui, relevée par des pairs opposants, eût suffi seule pour éteindre la pairie; c'est que l'enregistrement fait par le parlement de la pairie de Brissac en exceptoit formellement les collatéraux exprimés dans les lettres; et Cossé, bien qu'issu de mâle en mâle de rimpétrant, son arrière-grand-père , étoit cadet, et partant collatéral. Harlay, partie adresse, partie autorité, glissa sur l'une et sur l'autre , et quand tout fut ajusté avec les créanciers , ce qui dura assez longtemps , prépara tout pour la réception au parlement de Cossé , comme duc et pair de Brissac, qui y prêta serment et prit séance sans aucune difficulté alors , 6 mai 1700. Ce ne fut pas sans de nouveaux remercîments de sa part et de toute sa famille , pleins de protestations publiques qu'il me devoit entièrement, et plus d'une fois, la dignité dont il venoit d'entrer en possession. Le roi n' avoit point voulu s'en mêler et avoit renvoyé cette affaire au parlement.

Cette grande affaire consommée , je ne craignis plus de lui causer d'embarras en reprenant mon procès que je n'avois interrompu que pour lui. Je l'avois gagné deux fois de suite au parlement de Rouen contre mon beau-frère , qui , remarié à la sœur de Vertamont , premier ■nrésident au grand conseil, en avoit toute la parenté nombreuse au pa;'ement de Paris; c'est ce qui avoit fait évoquer cette affaire en celui de Ri^'ien. Il ne s'agissoit de rien de nouveau. La duchesse d'Aumont, qui , dau: les dernières années de la vie de mon beau-frère , lui avoit prêté de rar^^nt, et dont la dette périciitoit, prétendoit, avec quelques

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