‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 227 sur 370 · VENDÔME EN PLACE DE VILLEROY · texte numérisé non relu

VENDÔME EN PLACE DE VILLEROY

de la guerre. Vendôme, de victorieux et d'entreprenant, étoit réduit à la défensive ; et au milieu de tous ses tons avantageux s'en trouvoit fort embarrassé. Il regarda donc comme une délivrance la proposition qui lui étoit faite de quitter l'Italie. Il y laissoit, non pas à l'égard du pays ni des Impériaux, mais à l'égard de la cour et de ce qui s'appelle en France le monde , une réputation non entamée , qui lui avoit fait goûter , presque comme aux héros de l'ancienne Rome , tous les honneurs du triomphe au voyage qu'il venoit de faire à la cour et à Paris. Il fut comblé de joie de n'avoir point à la commettre, et de se retirer delà presse du beau-père et du gendre sur tout ce qu'il prévoyoit de Turin. Il se trouva flatté d'être regardé comme le réparateur . et à son aise en même temps sur l'emploi auquel il étoit appelé. Tout étoit regardé comme perdu en Flandre; ce qu'il n'y pourroit soutenir ni réparer tomberoit sur celui qui y avoit tout perdu , et pour peu qu'il y pût faire seroit relevé comme des prodiges. En même temps il sut donner comme un sacrifice ce qu'il considéroit comme son salut; et goûté et soutenu comme il l'étoit , ce prétendu sacrifice fut reçu comme un sacrifice trèsréel, dont le roi lui sut le plus grand gré du monde.

Tandis que toutes ces résolutions s'acheminoient dans le plus profond secret . il en fallut prendre une en même temps sur le choix d'un général en Italie. Ghamillart, extrêmement en peine des malheurs accablants qui accompagnoient son ministère , sentit ce que pouvoit la présence d'un prince du sang dans une armée de François. Il avoit déjà proposé le prince de Conti pour l'envoyer en Flandre. Il se vouloit concilier ces princes , et avec eux le public , en lui montrant que , uniquement touché du bien des affaires, il proposoit lui-même ce que ses prédécesseurs avoient le plus craint et éloigné. Il trouva l'opposition du roi si grande pour le prince de Conti , à qui il avoit peut-être encore moins pardonné son mérite et l'amour et l'estime universelle . par jalousie pour M. du Maine , que son voyage de Hongrie , que , le choix du roi fait de M. de Vendôme , il n'osa plus parler du prince de Conti pour l'Italie. Il craignit , avec raison , les fougues impétueuses de l'humeur farouche et continuelle de M. le Duc. Il proposa donc M. le duc d'Orléans comme celui dont le rang et l'aînesse ôtoient aux princes du sang tout sujet de se plaindre de la préférence. Le roi , jusqu'alors si éloigné de donner ses armées à con:mander à ceux de son sang . pour ne les pas trop agrandir, et plus encore par rapport à M. du Maine qu'il ne sentoit que trop douloureusement n'y être pas propre . mais pressé par la nécessité et par le poids accablant des conjonctures , se laissa vaincre à son ministre favori qui avoit eu soin de mettre Mme de Maintenon de son côté.

M. le duc d'Orléans , ni aucun des princes du sang , ne song^.oit à servir. Ils en avoient perdu toute espérance depuis longtemps , et personne même ne pensoit à eux. Tout le monde étoit imbu de l'extrême répugnance du roi là-dessus , lorsque . le mardi 22 juin , à Marly , le roi , ayant donné le bonsoir à tout ce qui étoit dans son cabinet tous les soirs après son souper , rappela M. le duc d'Orléans qui sortoit avec les autres , et le retint seul un gros quart d'heure. Je m'étois, ce soir-là, amusé

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