‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 245 sur 370 · ACTION DU CHEVALIER DU ROSEL · texte numérisé non relu

ACTION DU CHEVALIER DU ROSEL

tête . Beully , qui avoit été dans la gendarmerie et qui avoit acheté ce gouvernement de la famille de Pracontal , y étoit avec eux , et sous eux , tout gouverneur qu'il étoit ; malgré ce dégoût , il y demeura et y fit fort bien. Ils tinrent trois semaines de tranchée ouverte , obtinrent une trèshonorable capitulation , sortirent le 25 août, et furent conduits à Douai. M. de Vendôme voulut rassembler son armée, mais il ne tarda pas à la remettre comme avoit fait le maréchal de Villeroy. Il se tint cependant à Lille, puis à Saint-Amand sous prétexte de prendre des eaux. Il sut que Marlborough avoit projeté un grand fourrage auprès de Tournai. Vendôme en avertit le chevalier du Rosel , qui étoit à Tournai. En effet, le 16 août huit mille hommes bordèrent un ruisseau qui tombe dans l'Escaut, et s'appelle Chin, quil fit passer à douze cents chevaux. Du Rosel sortit aussitôt avec neuf escadrons de carabiniers et quatre-vingts dragons , passa à la tête du ruisseau hors du feu de cette infanterie , battit les douze cents chevaux qui étoient en diverses troupes , en tua deux cents, en prit deux cent cinquante, emmena à Tournai quatre cents chevaux de ce fourrage , et parmi les prisonniers Cadogan , favori de Marlborough et lors brigadier de cavalerie, qui , pour favoriser la retraite de ce général qui se trouvoit s'être trop avancé, fit ferme tant qu'il put avec cinquante dragons à la tête dun pont. M. de Vendôme renvoya aussitôt Cadogan au duc de Marlborough galamment sur sa parole. Laction de du Rosel fut vive et bien entendue, mais ce fut aussi à quoi se bornèrent les exploits du nouveau général, qui, loin de réparer ou de soutenir les aff'aires de Flandre , y vit de ses places promener les ennemis de tous côtés , et prendre ce qui fut à leur convenance. Ils finirent par le siège d'Ath , qu'ils prirent le 3 octobre , et les cinq bataillons qui étoient dedans prisonniers de guerre après trois semaines de tranchée ouverte, et dix jours après, les armées se séparèrent en Flandre , et la campagne finit.

Le roi comptoit sur le voyage de Fontainebleau. Mme la duchesse de Bourgogne étoit grosse et y devoit aller en bateau. Ce voyage déplaisoit fort aux médecins , et bien autant à Chamillart , fort court et fort pressé de dépenses indispensables , qui regrettoit avec raison celle de ce voyage qui étoit toujours grande. Mme de Maintenon , pressée de ces deux côtés , résolut d'amuser le roi, de retarder le voyage , enfin à l'extrémité de le rompre. Sur les fins la plupart des gens instruits comprirent qu'il étoit rompu. Le roi ne s'en doutoit pas le moins du monde. Il avoit été reculé à deux reprises-, il devoit partir de Meudon ; il alla voir de ce lieu l'église nouvelle des Invalides qui fut fort admirée , où le cardinal de Noailles officia devant lui , et donna ensuite à dîner à Mgr le duc de Bourgogne , qui alla faire ses prières à Notre-Dame et à Sainte-Geneviève , et voir ensuite la Sorbonne , où il fut reçu par l'archevêque de Reims , proviseur. Le lendemain de cette visite de l'église des Invalides , Clément, soutenu de Fagon, déclara au roi que Mme la duchesse de Bourgogne ne pouvoit aller à Fontainebleau sans se mettre en plus évident hasard. Cela fâcha fort le roi, il dispu;a, les autres étoient bien instruits, il n'y gagna rien. Avec dépit il décida qu'au lieu d'aller le lendemain à Fontainebleau, il relourneroit à Versailles, que Monsei-

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