MADAME DE LA CHAISE A MARLY
tôt après, de sorte que la duchesse d'Harcourt hérita presque de tout, et leur grand-père d'Alègre de fort peu de chose.
Le vieux Boisfranc mourut aussi à quatre-vingt-sept ou quatre-vingthuit ans. Il étoit beau-père du duc de Tresmes , avec qui il demeuroit. J'ai dit ailleurs ce que c'étoit que ce riche financier.
Le roi donna à Maréchal la survivance de sa charge de premier chirurgien pour son fils qui travailloit dans les hôpitaux de l'armée de Flandre. Cétoit un paresseux qui ne promettoit pas d'approcher de son père. Le roi qui le sentoit ne put s'empêcher de dire à ses valets que si le fils ne se rendoit pas bien capable, cela ne l'empêcheroit pas de prendre un autre chirurgien s'il perdoit le père. Cette parole qui fui bientôt sue fit grand'peur à tous les sur^'ivanciers , à pas un desquels il n'est pourtant arrivé malheur, excepté à quelcfues secrétaires d'État, et comme je l'ai dit. au fils de Congis pour les Tuileries.
Il eut une complaisance pour le P. de La Chaise tout à fait marquée. Ce père . qui étoit gentilhomme, vouloit être homme de qualité. Son frère, d'écuyer de l'archevêque de Lyon, puis de commandant son équipage de chasse, étoit devenu capitaine des gardes de la porte du roi par le confesseur, et son fils avoit eu sa charge après lui. Il avoit épousé une du Gué-Bagnols, riche, d'une famille de robe de Paris. Le P. de La Chaise se raouroit de douleur de ne pouvoir obtenir qu'elle allât à Marly , et le roi , malgré son foible pour lui , ne se pouvoit résoudre à faire manger sa nièce avec Mme la duchesse de Bourgogne , et à la faire entrer dans ses carrosses. Il arriva cette année que le roi voulant aller faire la Saint-Hubert à Marly, la grossesse de Mme la duchesse de Bourgogne l'empêcha de pouvoir être du voyage, qui, à cause de cela , ne fut que du mercredi au samedi , et qu'en même temps Madame se trouva si enrhumée qu'elle n'y put aller. Le roi trouva que c'étoit là son vrai ballot , qu'il ne* trouveroit de longtemps , et le saisit. Il nomma donc Mme de La Chaise pour Marly, à qui, par conséquent, cela n'acquit aucun droit pour manger ni pour les carrosses, et qui aussi n'y fut jamais admise. Mais cette délicatesse n'étoit pas aperçue de tous, au lieu qu'aller à Marly se sut partout. Le P. de La Chaise fut ravi. Cette adresse fut un nouveau crève-cœur pour Saint-Pierre, dont la femme ne put même en cette sorte parvenir à aller à Marly, et un peu de dépit à Mme la duchesse d'Orléans de pouvoir moins pour la femme de son premier écuyer si hautement portée par elle que le P. de La Chaise pour sa nièce.
Ce Marly produisit une querelle assez ridicule. Il faisoit une pluie qui n'empêcha pas le roi de voir planter dans ses jardins. Son chapeau en fut percé . il en fallut un autre. Le duc d'Aumont étoit en année , le duc de Tresmes servoit pour lui. Le portemanteau ' du roi lui donna le
i . Dans l'ancienne monarchie, il y avait douze otTiciers portemanteau altaebés à la maison du roi. Leurs fonctions consistaient à garder le chapeau, les gants, la canne et l'épée du roi et à les lui présenter lorsqu'il les demandait. Un de ces officiers suivait toujours le roi à la chasse avec un porlemanleau guini de linge, tel que chemises, mouchoirs, etc.