PARTI QUE ROHAN DEVOIT PRENDRE
faire , beau et honnête à tout événement : c'étoit d'aller avec sa plus proche famille , et quelques amis pour témoins dignes de foi, chez M. de Guéméné , lui témoigner sa reconnoissance du joug de son nom dont il vouloit bien le délivrer, lui porter le contrat de mariage de son père, et lui dire que ces contrats étant les lois fondamentales des familles , et celui-là le plus spécialement honoré de l'autorité du roi , ils n'étoient ni l'un ni l'autre parties capables d'y donner atteinte , mais qu'il étoit prêt de l'accompagner pour demander au roi conjointement qu'il lui plût ratifier leur commun désir par un acte de sa puissance, et prêt encore de présenter à même fin avec lui soit au roi , soit au parlement , toutes requêtes pour y parvenir ; le presser ensuite d'en venir à l'effet, se presser soi-même d'en obtenir le succès et de se montrer en effet ravi d'espérer de pouvoir reprendre son nom et ses armes; pousser même la chose jusqu'à faire biffer par autorité juridique le nom deRohan de son contrat de mariage , et de celui de ses trois sœurs , et de tous les principaux actes de lui et d'elles.
Par cette conduite, point d'aigreur, point de procédés, une hauteur accablante par son seul poids, et de laquelle pourtant M. de Guéméné agresseur , ni les siens, ne se pouvoient plaindre. Si la chose réussissoit, joug ôté à M. de Rohan rendu à son nom et à ses armes assez anciennes et illustres pour en être jaloux, et assez connues pour telles, pour qu'au lieu de blâme, le monde lui en eût su gré, avec un rejaillissement désagréable pour le nom et les armes qu'il se prêtoit si volontiers à secouer. Si, au contraire, les liens de la loi du contrat de mariage étoient trouves inextricables par le roi et par les tribunaux , la honte de l'entreprise seroit retombée sur le seul M. de Guéméné doublement, et pour l'avoir hasardée contre toute raison et possibilité, et pour avoir donné lieu à M. de Rohan de témoigner sans injure le peu de compte qu'il faisoit du nom et des armes de Rohan , en comparaison d'être restitué au sien.
Mais une hauteur tranquille , simple , sortie de la nature des choses , sans mélange d'honneur et de vanité mal placée , n'étoit pas pour naître de M. de Rohpn. 11 aima mieux s'abaisser et s'avilir même en croyant saussement se relever, et s'exposer à un affront véritable pour la fantaisie de crier faussement à l'affront.
Une autre considération devoit encore venir à l'appui d'un parti fi noble et si raisonnable. On a vu (t. I", p. 369) et en d'autres endroits de ces Mémoires quel étoit le crédit de Mme de Soubise. Elle et son frère se haïssoient parfaitement, et il ne pouvoit ignorer que le roi ne l'aimoit pas mieux. Outre le courant de la vie où il avoit toujours essuyé des dégoûts, il ne pouvoit pas oublier l'étrange déclaration du roi au chapitre de l'ordre de 1688, où les chevaliers de cette grande promotion furent nommés. Le roi , peiné de l'injustice qu'il faisoit aux ducs, en faveur de la maison de Lorraine, mais dont l'engagement étoit pris de longue main , et pour parvenir à ce qu'il souhaitoit le plus, comme on l'a vu, voulut bien ne pas dédaigner de faire aux ducs une excuse publique des trois seuls d'entre eux ayant l'âge qu'il n'avoit pas compris dans la promotion, et d'en dire les raisons.