VICOMTE DE TURENNE
chai de France , dont il quitta les bâtons à ses armes, et le titre de maréchal, qu'il avoit toujours portés depuis plus de dix-sept ans qu'il l'étoit, pour reprendre celui de vicomte de Turenne qu'il avoit porté avant d'être maréchal de France. Il signa tout court Turenne ou Henri de La Tour, dans tous les temps de sa vie; ainsi il n'y changea rien. Dans les suites on prit le change , et MM. de Bouillon y ont donné cours tant qu'ils ont pu. On se persuada qu"il avoit toujours méprisé l'office de maréchal de France, qu'il n'en avoit point pris ni le nom ni les marques à ses armes , comme étant au-dessous du rang et de la qualité de prince. Il n'y avoit pourtant qu'à se souvenir du maréchal de Bouillon son père, souverain d'efTet et de fait, sinon de droit, et des deu.x maréchaux de La Marck et de Fleuranges, père et fils, tous deux seigneurs de Sedan et de Bouillon. Mais le gros du monde ne va pas si loin, et pour peu qu'on ait lu quelques pages, on est étonné des idées qu'on voit prendre pied.
M. de Turenne obtint pour la vicomte de Turenne, qui avoit déjà de grands droits, de nouveaux privilèges qu'il fit augmenter par degrés. Sous prétexte de l'inimitié ouverte qui étoit entre lui et M. de Louvois, déjà fort puissant par lui-même, outre l'appui du chancelier son [ère, il délivra cette vicomte de tout logement et de tout passage de gens de guerre, et par la connivence de M. Colbert, son ami, de tout le pouvoir des maltôtiers, même des intendants. En un mot, ces droits devinrent des droits régaliens' que sa mémoire a toujours maintenus, mais si à charge au dedans du royaume, et si voisin de la souveraineté, que le conseil de Louis XV , profitant du désordre des aflaires de M. de Bouillon et de son mécontentement des principaux de sa vicomte, l'a achetée quatre millions de lui, et a cru avec raison qu'il faisoit une mauvaise affaire et le roi une fort bonne.
Parlant de M. de Louvoi? , voici une anecdote dont M. de Turenne sut profiter. Les secrétaires d'État avoient toujours écrit aux ducs monseigneur, et c'est aux soins et à l'autorité de ceux de cette époque qu'est due l'adresse de l'avoir fait réformer dans 'les lettres imprimées. Le pur hasard a laissé en existence trois lettres des 2 novembres 1663, 13 septembre 1665, 5 février 1666, de M. Colbert, alors ministre et contrôleur général des finances , qui avoit le même cérémonial que les secrétaires d'État , et qui le fut en 1G69 , à mon père à Blaye , qui lui écrit monseigneur dessus, dedans et au bas, en marquant son nom. M. de Louvois, monté au ccmble du crédit et d'orgueil, fit entendre au roi que ce style ne pouvoit convenir à ceux qui par leurs charges donnoieiit ses ordres et écrivoient en son nom. Il le changea donc, mais il n'osa toucher à la maison de Lorraine, toute brillante du grand mariage de M. de Guise, de la mémoire toute récente du comte d'Harcourt, de la faveur de M. le Grand son fils , ni s'exposer aux cris de Mlle de Guise , si haute et si con-
\. Les droits régaliens, OU droits qui élaieut semblables à ceux des rois, étaient, à l'époque léodale, Î8 droit de faire Ja guerre, de rendre la justice, de balire moniioie, cl de percevoir les impôts. La plupart des seiyncui s jouissaient des droits régaliens.