MORT DE POINTIS
treinte en ce marquis de Lusignan , son frère l'évêque de Rodez et ses deux fils. Il avoit aussi une sœur mariée à M. de La Roche-Aymon. M. de Lusignan étoit un fort honnête homme, et qui n'auroit pas été sans talents si l'extrême misère ne l'avoit pas abattu. Il avoit été lieutenant des gens d'armes écossois. Mme de Mainlenon qui l'avoit connu en province lorsque Mme de Neuillant la retira chez elle arrivant des îles de l'Amérique, et qui depuis sa fortune vouloit avoir l'honneur de lui appartenir, lui procura quelque subsistance, mais petitement, à sa manière. Il fut envoyé extraordinaire à Vienne, où on en fut content. puis à la cour de Lunebourg. Sa femme étoit Bueil. Son frère de Rodez fut un étrange évêque.
M. de Lusignan mourut fort pauvre à soixante-quatorze ans. et laissa deux fils. Le cadet, prêtre avec une petite abbaye, fut grand vicaire de son oncle, et ne valut pas mieux. L'aîné, marié à une La Rochefou cauld de la branche d'Estillac, n'a jamais rien fait. S'il n'a point eu d'enfants, toute cette maison de Lusignan est éteinte; car ceux qui en prennent le nom ne sauroient en montrer de jonction. Les Saint-Gelais aussi qui s'en sont avisés n'en sont point et ne peuvent le montrer. Le premier d'eux à qui cette imagination vint est Louis de Saint-Gelais, baron de La Mothe-Sainle-Heraye , et par sa femme seigneur de Lansac, qui fut un personnage en son temps, chevalier d'honneur de Catherine de Médicis, capitaine de la seconde compagnie des cent gentilshommes de la maison du roi, ambassadeur à Rome en 1554, chevalier du Saint- Esprit en la seconde promotion 1579, mort en 1589 à soixante-seize ans, dont le petit-fils lut M, de Lansac, gendre du maréchal de Souvré , mari de la gouvernante de Louis XIV.
Peu après mourut Pointis, si connu par sa brave et heureuse expédition de Garthagène, par d'autres actions et par beaucoup d'esprit, de valeur et de capacité dans son métier. G'etoil un homme à aller dignement à tout et utilement pour r£tat dans la marine. Mais il n'étoit plus jeune, et mourut pour s'être sondé lui-même et blessé. H s'etoit puissamment enrichi et n'avoit ni femme ni enfants.
Le chevalier d'Aubeterre le suivit de près. Il avoit quatre-vingt-douze ans dont ilabusoit pour dire toutes sortes d'ordures et d'imperiiaences. Il etoit le plus ancien lieutenant général de France. Il setoit demis depuis peu du gouvernement de Gollioure, et l'avoit fait donner à sun neveu, dont le plus grand mérite étoit ici d'être le complaisant et le courtisan des garçons bleus et des principaux commis wes ministres qu'il regaloit souvent chez lui, et à l'armée d'être le plus bas valet de M. de Vendôme , qui le fit faire lieutenant général , et de M. de Vaudemont , qui lui valut bien de l'argent qu'il fricassa en panier percé qu'il éloit. Ses bas manèges le firent chevalier de l'ordre en 1724. Son mérite ne l'y auroit pas porté-, pour sa naissance il n'y avoit rien à dire, surtout dans une pareille promotion. Le plus triste état que j'aie guère connu étoit celui d'être sa femme ou son fils. Leur nom n'est point Aubeterre, c'est Esparbès. Le maréchal d'Aubeterre, mort en 1628 et maréclial de France en 1620, étoit gouverneur de Blaye. Il épousa la fille unique et héritière de David Bouchard, vicomte d'Aubeterre, chevalier du Saint-Esprit,