CANDIDATS POUR LA PREMIÈRE PRÉSIDE>'CE
tât une chaise à monsieur, et ne se rasseyoit qu'en même temps que lui. Au départ , il se levoit et faisoit la révérence.
Mme de Moussy , sa sœur , ne le voyoit guère plus aisément ni plus familièrement, quoique dans le même logis. Il lui faisoit souvent de telles sorties à table, qu'elle se réduisit à manger dans sa chambre. C'étoit une dévote de profession, dont le guindé, l'affecté, le ton et les manières étoient fort semblables à celles de son frère. La belle-fille . trèsriche héritière de Bretagne, étoit, avec toute sa douceur et sa vertu, la victime de tous les trois.
Le fils avoit tout le mauvais du père et n'en avoit pas le bon ; un composé du petit-maître le plus écervelé et du magistrat le plus grave , le plus austère et le plus compassé , une manière de fou , étrangement dissipateur et débauché. Lui et son pèrs s'étoient figuré être parents du comte d'Oxford parce qu'il s'appeloit Harley. Jamais race si glorieuse , et glorieuse en tous points, jamais tant de fausse humilité. Les aventures du premier président avec l'arlequin de la Comédie italienne , et encore avec Santeuil , et avec bien d'autres , ont été sues de tout le monde. Ce seroit trop que de les rapporter ici, il y en a pour des volumes.
Tout ce qui dans la robe se crut en passe brigua cette première place du parlement. Argenson , cet inquisiteur suprême et qui avoit tant enchéri en ce genre sur La Reynie, n'oublia rien pour faire valoir ses services par les amis importants qu'il s'étoit faits. Il espéra surtout des jésuites et de ceux qui leur faisoient leur cour, aux dépens de ce qu'on nommoit ou vouloit perdre sous le nom de jansénistes, et qui de fait ou d'espérance se rendoient cette sorte de chasse si utile. Mais il se méprit au bon côté. Le roi , accoutumé à savoir par lui tout l'intérieur des familles et à lui confier beaucoup de petites affaires secrètes, ne put se résoudre à se passer d'un homme si fin, si habile, si rompu dans un ministère si obscur et si intéressant. Voysin , appuyé de son adroite femme , que Mme de Maintenon aimoit beaucoup , approché d'elle par l'intendance de Saint-Cyr qu'elle lui donna lorsque Chamillart entra dans le ministère, étoit le candidat sur lequel on jetoit les yeux depuis longtemps pour toutes les grandes places de sa portée. De Mesmes, porté par M. du Maine et par quelques valets intérieurs, se flatloit d'arriver. Mais l'heure de ces trois hommes n'étoit pas venue.
Celle d'un quatrième étoit encore plus éloignée pour qui je désirois cette place, sans avoir jamais eu aucune liaison avec lui. C'étoit d'Aguesseau , à qui ses conclusions dans notre procès de préséance contre M. de Luxembourg m'avoient dévoué, et dont la réputation m'encourageoit à prétendre. Il n'avoit pour lui que cet appui de sa propre réputation qui eu tout genre effaçolt toutes les autres du parlement, et celle de son père devant laquelle toutes celles du conseil disparoissoient. Je désirois passionnément le fils à cause de ses conclusions, à son défaut au moins son père. Celui-ci étoit fort connu du roi , qui le voyoit depuis longtemps dans son conseil des finances. MM. de Chevreuse et de Beauvilliers l'aimoient et l'estimoient singulièrement. Je les attaquai tous