‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 328 sur 370 · MOT RIDICULE DU PREMIER PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

MOT RIDICULE DU PREMIER PRÉSIDENT

procurer de plus considérable, s'il étoit demeuré contrôleur général et dans tous les conseils. Pelletier fut donc choisi.

Sa charge de président à mortier, qui ne lui avoit coûté que trois cent mille livres, fit un autre mouvement dans la robe. La réputation que Portail s'étoit acquise dans la charge d'avocat général lui aida beaucoup à l'emporter. Il en donna cinq cent mille livres qui remplirent le brevet de retenue d'Harlay ; et Courson , second fils du président Lamoignon , fut préféré pour la charge d'avocat général pour apaiser M. de La Rochefoucauld , et donner quelque consolation au père de n'-ètre pas premier président. Tous ces messieurs-là reviendront sous ma plume. En attendant je donnerai une idée de ce nouveau premier président.

Peu de mois avant qu'il le fût, il vint un soir à Versailles chez M. Chamillart qui, à son ordinaire, étoit seul à table dans sa chambre avec quelques familiers, et se déshabilloit devant eux en sortant de souper. Pelletier y vint tout à la fin du souper. Faute de mieux, quelqu'un lui parla de son fils , aujourd'hui premier président , et le lui loua. Tout de suite il répondit d'un air dédaigneux : « que son fils avoit trop de trois choses : de biens, d'esprit et de santé-, » et il répéta plus d'une fois cette sentence, en regardant la compagnie et cherchant un applaudissement que personne n'eut la complaisance de lui donner. Un moment après, il s'en alla comme Chamillart achevoit de se déshabiller, et laissa chacun dans un étonnement et dans un silence qui ne fut rompu que par des interprétations peu obligeantes. Le premier écuyer et moi nous étions regardés dans le premier instant. Chamillart nous aperçut, nous demeurâmes, et nous nous en dîmes notre pensée.

Le'cardinal d'Estrées fit le mariage du duc d'Estrées , son petit-neveu , qui n'avoit ni père ni mère , avec une fille du duc de Nevers , lequel ne survécut pas ce mariage de huit jours. Le cardinal Mazarin avoit deux sœurs : Mme Martinozzi, qui n'eut que deux filles, l'une mariée au duc de Modène, et mère de la reine d'Angleterre, épouse du roi Jacques II, l'autre à M. le prince de Conti, bisaïeule de M. le prince de Conti d'aujourd'hui , Mme Mancini , qui eut cinq filles et trois fils. Les filles furent : la duchesse de Vendôme , mère du dernier duc de Vendôme et du grand prieur , dont le père fut cardinal après la mort de sa femme , la comtesse de Soissons, mère du dernier comte de Soissons et du fameux prince Eugène; la connétable Colonne, grand'mère du connétable Colonne d'aujourd'hui , qui toutes deux ont fait tant de bruit dans le monde ; la duchesse Mazarin , qui , avec le nom et les armes de Maz/.arini-Mancini , porta vingt-six millions en mariage au fils du maréchal de La Meilleraye, et qui est morte en Angleterre après y avoir demeuré longues années; et la duchesse de Bouillon, grand'mère du duc de Bouillon d'aujourd'hui. Des trois fils, l'aîné fut tué tout jeune au combat du faubourg Saint-Antoine , en 1652. Il promettoit tout. Le cardinal Mazarin l'aimoit tellement qu'il lui confioit , à cet âge , beaucoup de choses importantes et secrètes pour le former aux affaires, où il avoit dessein 'de le pousser. Le troisième étant au collège des jésuites, fort envié des écoliers pour toutes les distinctions qu'il y recevoit, se laissa aller à se mettre à son tour dans une couverture et à se laisser berner ; ils le

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