ORIGINE DU FAUTEUIL EN ESPAGNE
dinaux, ce qui n'a pas peu contribué à consolider leur rang en Espagne. Je parlerai en un autre lieu de celui dont ils y jouissent aujourd'hui ; mais ce que je viens d"en dire sufût pour ce que j'ai à expliquer ici.
Ce fauteuil des légats et des cardinaux est l'origine de celui des infants. Mais en Espagne ils n'ont rien vu par delà ce degré que nous appelons ici fils de France. Les infants, qui sont nos fils de France, y ont été fort rares depuis Charles-Quint. A peine y en a-t-il eu d'autres sous chaque règne que l'héritier de la couronne, et si on excepte le malheureux don Carlos et un cardinal, le peu qu'il y en a eu a disparu presque aussitôt que né. Aucun héritier de la couronne n'a été marié du vivant du roi son père. Je ne compte pas Philippe II, que Charles- Quint fit roi , qui épousa la reine Marie d'Angleterre . et qui , avant dêtre roi , fut presque toujours séparé de lieu de Charle^-Quint, ailleurs en Europe. Ainsi, en Espagiie, il est vrai de dire que, jusqu'à présent, ce que nous connoissons ici sous le nom de petit-fils de France et de prince du sang n'y a jamais existé.
La reine douairière d'Espagne , confinée à Bayonne pour ses intelligences avec l'archiduc, mal aux deux cours, peu comptée d'ailleurs et mal payée , embarrassée d'un rang qu'elle savoit bien n'être pas de fils de France , mais en approcher fort et s'élever fort au-dessus de celui des princes du sang, crut pouvoir aider à la lettre pour obliger le neveu, et peut-être encore plus le neveu et le gendre du roi tout à la fois , qui alloit commander les armées en Espagne , et qui apparemment y prendroitun grand crédit, au moins celui de la servir ou de lui nuire. M. le duc d'Orléans, de son côté, hasarda d'accepter ce qui lui fut offert, parce qu'on aime toujours à se rehausser.
Il n'ignoroit pas que le premier fils de France qui ait eu un fauteuil devant une tête couronnée a été Gaston, qui, étant lieutenant général de l'État dans la minorité de Louis XIV, profita de l'indigence, des malheurs , et des besoins de la reine d'Angleterre , sa sœur, pour ses enfants et pour elle-même, réfugiés en France après l'étrange catastrophe du roi Charles I", son mari , dont l'exemple et une raison semblable valut le fauteuil à Monsieur et à Madame , père et mère de M. le duc d'Orléans, [de la part^ du roi Jacques II et de la reine sa femme, réfugiés pareillement en France en lu88 par l'invasion et l'usurpation du prince d'Orange, depuis dit le roi Guillaume III. Mais il savoit aussi que lui-même ne l'avoit pu obtenir. On lui avoit seulement souffert, à Mme la duchesse d'Orléans, à Mademoiselle, sa sœur, depuis duchesse de Lorraine , et aux trois filles de Gaston . de ne voir le roi et la reine «l'Angleterre qu'avec Monseigneur, Monsieur ou Madame , devant qui ils ne prétendoient qu'un tabouret; et comme tout s'étend en France sans autre droit que de l'oser, les deux autres filles du roi, toujours blessées du rang si supérieur au leur de leur sœur cadette, se mirent sur le même pied de ne voir la cour d'Angletepre qu'avec des fils ou des filles de France; puis d'elles, qui étoient princesses du sang par leurs maris, les autres princesses du sang en ont toujours usé de même. Le roi le souffroit, et le roi et la reine d'Angleterre n'étoient pas en situa-