VAUDEMONT ET SES NIÈCES
de M. du Maine, de Mme de Maintenon, de Monseigneur, llspouvoient aussi être certains de Mlle Choin et de Mme la Duchesse, et de ce qui, en hommes, approchoit le plus confidemment de Monseigneur. Tessé leur avoit préparé les voies auprès de Mme la duchesse de Bourgogne, et ne leur avoit rien laissé ignorer de ce qui les pouvoit instruire de ce côté-là. M, de Vendôme étoit à eux et le groupe de la maison de Lorraine. Le roi, anciennement prévenu par le maréchal de Villeroy, du temps de sa grande faveur, et entretenu depuis dans la même opinion par les puissants appuis que je viens de nommer, ils avoient de plus la grâce de la nouveauté, et ce lustre étranger dont le François s'éblouit jusqu'à l'ivresse, et qui leur réussit au delà de ce qu'ils pouvoient espérer.
Le roi fit à Vaudemont les honneurs de Marly comme il s'étoit plu à les faire à la princesse des Ursins. Il avoit affaire à un homme qui savoit répondre, s'exclamer, admirer, tantôt grossièrement, tantôt avec délicatesse , par un même artifice. Il ordonna au premier écuyer une calèche et des relais pour que Vaudemont le suivît à la chasse, et [lui dit] de l'y accompagner. Il arrêta souvent sa calèche à la sienne pendant les chasses . en un mot, ce fut un second tome de Mme des Ursins. Tout cela étoit beau , mais il en falloit faire usage pour le rang et pour les biens.
Mme de Lislebonne avoit l'esprit habile , et tout tourné pour faire un grand personnage dans sa maison , si elle eût vécu au temps de la Ligue. Sa fille aînée , avec un air tranquille et indifférent au dehors, avec beaucoup de politesse, mais choisie et mesurée, et avec les pensées les plus hautes , les plus vastes et tout le discernement et la connoissance nécessaire pour ne les rendre pas châteaux en Espagne, avoit naturellement une grande hauteur, de la droiture, savoit aimer et haïr, moins de manège que de ménagements et de suite, infatigable avec beaucoup d'esprit, sans bassesse, sans souplesse, mais maîtresse d'elle-même pour se rabaisser quand il étoit à propos , et assez d'esprit pour le faire même avec dignité, et en faire sentir le prix à ceux dont elle avoit besoin , sans les blesser, et se les rendre favorables.
Sa sœur, avec peu d'esprit, souple, et assez souvent basse, non faute de cœur et de hauteur, mais d'esprit, l'avoit tout tourné au manège avec une politesse moins ménagée que sa sœur, et un air de bonté qui faisoit aisément des dupes. Elle savoit servir et s'attacher des amis.
Leur vertu et leurs figures étoient d'ailleurs imposantes; l'aînée, très-simplement mise et sans beauté , inspiroit du respect ; la cadette , belle et gracieuse, attiroit; toutes deux fort grandes et fort bien faites; mais , à qui avoit du nez , l'odeur de la Ligue leur sortoit par les pores ; toutes deux point méchantes pour l'être, et se conduisant au contraire de manière à en ôter le soupçon , mais , lorsqu'il y alloit de leurs vues et de leur intérêt, terribles.
Outre ces dispositions naturelles , elles en avoient bien appris de deux personnes avec lesquelles elles furent intimement unies , les deux de la cour les plus propres à instruire par leur expérience et leur genre d'esprit. Mlle de Lislebonne et le chevalier de Lorraine étoient de toute