‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 349 sur 370 · MADAME BE SOUBISE · texte numérisé non relu

MADAME BE SOUBISE

chez qui il alloit presque tous les matins passer en tiers une heure ou deux avec elles, pour se heurter à elles, pour ne leur demeurer intimement unies, et Mme la Duchesse dont l'humeur égale et gaie, et la santé toujours parfaite la rendit toujours la reine des plaisirs, chez qui Monseigneur s'éioit réfugié, chassé par le mésaise que l'aventure de la Choin d'abord, Tennui ensuite et l'humeur de Mme la princesse de Conti avoit dérange de chez elle, et réduit aux simples bienséances, Mme la duchesse, dis-je, qui n'avoit ni humeur ni jalousie, et à qui cette habitude et cette familiarité de Monseigneur à venir chez elle n'étoit pas indifférente pour le présent contre les fougues et les sorties de M. le Duc et de M. le Prince même, et moins encore pour le futur, n'avoit garde de choquer ces trois personnes , les plus confidentes et les plus anciennes amies de Monseigneur.

Toutes quatre étoient donc , à l'égard de ce prince et de beaucoup d'autres choses communes entre elles, dans une intelligence qui ne se refroidit jamais en rien, s'aidant en tout avec un parfait concert les unes les autres, quittes après la mort du roi , si Monseigneur eût survécu, à se supplanter réciproquement pour demeurer les maîtresses sans dépendance de personne , mais en attendant unies au dernier point , et tenant sous leur joug commun le peu d'hommes en qui le goût de Monseigneur, ou leur industrie auprès de lui, pouvoit avoir quelques suites.

L'autre personne des instructions de qui Mlle de Lislebonne et Mme d'Espinoy tirèrent de grands secours fut l'habile Mme de Soubise. Elle étoit sœur -de la princesse d'Espinoy, belle-mère de celle-ci, et dans toute l'union possible; avec plus d'esprit qu'elle n'en paroissoit, soutenu de tout ce que l'art du manège, de l'intrigue et de la beauté, aiguisé des besoins de l'ambition la plus vaste et la plus cr.chée, et soutenu de tout ce que la politique , la fausseté, l'artifice , ont de plus profond. Ses appas l'avoient initiée dans la connoissance la plus intime de l'intérieur du roi , dans laquelle elle étoit sans cesse entretenue par le commerce qui s'étùit conservé entre eux, et dont elle sut tirer de si utiles partis. Livrée au roi par ambition , tant que la dévotion ne l'arrêta pas , contente de la faveur , dès que cette dévotion la répudia , elle sut mettre le roi à son aise , et se servir de cette dévotion même pour maintenir son crédit , sous prétexte de ne pas ouvrir les yeux à son mari , qui les avoit si volontairement fermés , par la différence qu'il en sentiroit et par l'époque de cette différence.

Elle sut gagner Mme de Maintenon, et se servir jusque de sa jalousie du goût que le roi lui conservoit, en lui offrant une capitulation dans laquelle la nouvelle épouse se crut heureuse d'entrer. Elle lut delà part de Mme de Soubise de ne jamais voir le roi en particulier que pour affaire dont Mme de Maintenon auroit connoissance ; d'éviter même ces particuliers, quand les billets pourroient y suppléer; de le voir même à la porte de son cabinet, quand elle n'auroit qu'un mot court à dire; de n'aller presque jamais à Marly , pour éviter toute occasion; de choisir les voyages les plus courts , et de n'y aller qu'autant qu'il seroit nécessaire pour empêcher le monde d'en parler; de n'être jamais d'aucune Saikt-Simow m 19

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