‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 352 sur 370 · MOT MARQUÉ DE M. LE GRAND · texte numérisé non relu

MOT MARQUÉ DE M. LE GRAND

avec la maison de Lorraine. — Prince Camille mal à son aise en Lorraine. — Scandale de la brillante figure de Yaudemont en France. — Trahisons continuées de Vaudemont et de ses nièces. — Mesures secrètes de M. de Lorraine. — Courte réflexion.

Telles étoient ces liaisons et leurs puissants appuis lors de l'arrivée de M. de Vaudemont en France, dont ses nièces ne lui laissèrent rien ignorer, et dans lesquelles elles l'initièrent le plus tôt qu'elles le purent. Elles en avoient de grandes avec M. de Vendôme. On a vu ailleurs que le prince de Conti et lui partageoient la faveur et la cour la plus particulière de Monseigneur. Mlle Choin avoit fait assez d'effort pour rendre entre eux la balance du moins égale. Ses deux amies, qui pour elle , ou plutôt pour l'intérêt qu'elles y trouvèrent , avoient abandonné la princesse de Conti en sauvant toujours les apparences tant qu'elles le purent, et toujours assez pour éviter brouillerie, étoient par là même entraînées vers M. de Vendôme. D'ailleurs le sang de Lorraine , si ce n'est par force, ne fut jamais pour aimer, encore moins pour s'attacher au sang de Bourbon.

Cela me fait souvenir d'une brutalité qui échappa à M. le Grand, et qui par cela même montre le fond de l'âme. Il jouoit au lansquenet dans le salon de Marly avec Monseigneur , et il étoit très-gros et trèsméchant joueur. Je ne sais par quelle occasion de compliment Mme la grande-duchesse y étoit venue de son couvent, car elle y étoit encore, oîi elle ne devoit retourner qu'après avoir soupe avec le roi. Le hasard fit qu'elle coupoit M. le Grand, et qu'elle lui donna un coupe-gorge. Lui aussitôt donna un coup de poing sur la table , et , se baissant dessus , s'écria tout haut: a La maudite maison, nous sera-elle toujours funeste ?» La grande-duchesse rougit , sourit et se tut. Monseigneur et tout ce qui étoit , hommes et femmes , à la table et autour l'entendirent clairement. Le grand écuyer se releva le nez de dessus la table , regarda toute la compagnie toujours bouffant. Personne ne dit mot, mais à l'oreille après on ne s'en contraignit pas. Je ne sais si le roi le sut; mais ce qu'il y a de certain , c'est qu'il n'en fut autre chose , et qu'il n'en fut pas moins bien traité.

M. le prince de Conti de plus ne donnoit aux deux sœurs que Mme la Duchesse dont elles étaient bien assurées d'ailleurs ; Vendôme leur donnoit occasion de gagner M. du Maine, et pour elles il n'y avoit rien de trop. Elles s'étoient donc liées tant qu'elles avoient pu à Vendôme, et dans cet esprit elles avoient fort recommandé à leur cher oncle, car c'est ainsi qu'elles l'appeloient et qu'elles en parloient toujours , de ne rien oublier pour engager Vendôme , lorsqu'il alla en Italie, à en revenir assez de ses amis pour qu'ils pussent compter sur lui. Le cher oncle profita bien de la leçon , et y réussit tellement qu'à son retour, et toujours depuis, elles n'eurent rien à désirer là-dessus, et que Vendôme, elles et Vaudemont, M. du Maine en quart, se lièrent le plus étroitement , mais le dernier , selon sa coutume , le plus secrètement.

M. du Maine sentoit que Monseigneur ne l'aimoit point ; nulle meilleure voie de l'en rapprocher peu à peu que ses plus confidentes amies :

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