‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 364 sur 370 · TRAHISON DE VAUDEMONT ET DE SES NIÈCES · texte numérisé non relu

TRAHISON DE VAUDEMONT ET DE SES NIÈCES

en Lorraine, mais avec le dégoût d'en disparoître toutes les fois que Vaudemont y venoit, et ce dernier y alloit de tous ses voyages de Commercy, ce qui arrivoit plusieurs fois l'année. Néanmoins cela subsista toujours depuis ainsi; et Camille, qui n'étoit ni aimable ni aimé en Lorraine , y fut sur le pied gauche plus que jamais le reste de sa vie.

Qui que ce soit de sens et de laisonnant à la cour n'avoit pu goûter la solide et brillante figure que Vaudemont y fit par les grâces pécuniaires et par les distinctions de considération; mais les Espagnols surtout, et ce qui avoit servi dans leurs troupes en Italie, en étoient indignés. Le duc d'Albe, moins que personne, ne pouvoit comprendre comment ce citoyen de l'univers, affranchi des Hollandois , confident du roi Guillaume , créature de la maison d'Autriche , serviteur si attaché et si employé toute sa vie de tous les ennemis personnels du roi et de la France, et qui les avoit peut-être plus utilement servis depuis que la conservation des grands emplois qu'il leur devoit l' avoit fait changer extérieurement de parti, comment, dis-je, ce Protée pouvoit avoir enchanté si complètement le roi et tout ce qui avoit le plus d'accès auprès de lui en tout genre. Ce scandale ne trompoit pas le duc d'Albe , ni ceux qui pensoient comme lui.

Vaudemont, comblé au point qu'on vient de voir, et avec un intérêt si capital de conserver tout ce qu'il venoit d'obtenir et d'entretenir celte considération éclatante , ne put commencer enfin à devenir fidèle. Le succès de ses artifices lui donna la confiance de les continuer; tout ce qu'il vit et reçut de notre cour ne put le réconcilier avec elle, et ne servit qu'à la lui faire mépriser. Il y resserra de plus en plus ses anciennes et intimes liaisons avec ses ennemis , et logé dans Paris au temple de la haine contre les Bourbons, avec des Lorraines si dignes des Guise, lui si digne aussi du trop fameux abbé de Saint-Nicaise dom Claude de Guise, ils y passoient leur vie en trahisons. Barrois, depuis le rétablissement du duc de Lorraine, son envoyé ici, logeoit avec eux. C'étoit un homme d'esprit, de tête et d'intrigue, qui se fourroit beaucoup , et qui avoit Fart de se faire considérer. Tout ce qu'ils pouvoient découvrir de plus secret sur les affaires, et soit par la confiance qu'on avoit prise en Vaudemont , soit par ladresse qu'il avoit , lui , ses nièces et Barrois , par diverses voies , de savoir beaucoup de choses importantes, ils en étoient fort bien informés, ils les mandoient au duc de Lorraine, et ce qui étoit trop important pour le confier au papier se disoit à Lunéville dans leurs courts et fréquents voyages , sans, toutefois que Barrois bougeât jamais de Paris ou de la cour, tant pour demeurer au fil des affaires que pour paroître ne se mêler de rien, et ne donner aucun soupçon par ses absences. De Lunéville , les courriers portoient ces avis à Vienne. Le ministre que l'empereur tenoit auprès du duc de Lorraine entroit avec eux dans ce conseil, qu'ils tenoient sur la manière de profiter de leurs découvertes et de la conduite à tenir pour y mieux réussir.

Je sus cette dangereuse menée par un ecclésiastique de l'église d'Osnabrûck, domestique de l'évèque, frère de M. de Lorraine, et chargé de ses affaires à Lunéville et à Paris. C'étoit un homme léger et imprudent,

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