ABBÉ D'ESTRÉES COMMANDEUR DE L*ORDRE
pour la princesse de s'être défaite si scandaleusement de lui, qui avoit toute raison , et dont l'affaire étoit celle du roi même , tandis qu'elle demeuroit pleinement maîtresse, elle qui avoit eu loisir de sentir et de craindre les suites naturelles d'un emportement si audacieux. Mais en même temps que ce panneau et cette apparente victoire amusoit Mme des Ursins, le cardinal d'Estrées, autant pour la piquer que par l'affection pour son neveu, soutenu des ministres par le même sentiment, et des Noailles par l'amitié et la proximité de l'alliance, se servit avantageusement du rappel de l'abbé d'Estrées, sans aucun tort de sa part, après un éclat de cette nature , pour un dédommagement de la satisfaction qu'il avoit été si fort en droit d'obtenir, et qui marquât du moins celle que le roi avoit de sa conduite. Le faire évêque ? il étoit encore assez jeune et bien fait , il avoit eu des galanteries , et il étoit du nombre de ces abbés sur qui le roi s'étoit expliqué qu'il n'en élèveroit aucun d'eux àrépiscopat. Des abbayes? cela ne remplissoit pas leur bat de quelque chose d'éclatant. Ils se tournèrent tous sur l'ordre du Saint-Esprit, comme sur un honneur qui marqueroit continuellement sur sa personne la satisfaction que le roi avait eue de sa conduite , une distinction trèsgrande dans le clergé par le petit nombre de ces places, et une place d'autant plus flatteuse qu'elle étoit comme sans exemple.
En efl"et , le seul prêtre commandeur de l'ordre qui ne fût point évêque étoit un Daillon du Lude ' , fils d'une Batarnay et du premier comte du Lude , gouverneur de Poitou , la Rochelle et pays d'Aunis , et lieutenant général de Guyenne , qui parut fort en son temps ; et cet abbé , parent des Joyeuse et des Montmorency par sa mère , étoit frère du second comte du Lude, gouverneur de Poitou, sénéchal d'Anjou et chevalier du Saint-Esprit en 1681. Ses trois sœurs épousèrent trois seigneurs, tous trois chevaliers du Saint-Esprits Le maréchal de Matignon, Philippe de Volvire , marquis de Ruffec , gouverneur de Saintonge et d'Angoumois; et François, seigneur de Malicorne et gouverneur de Poitou après son beau-frère. Le frère de René de Daillon , commandeur de l'ordre , fut trisaïeul du comte du Lude , mort duc à brevet et grand maître de l'artillerie. J'ai détaillé exprès cette courte généalogie pour montrer quel fut ce René de Daillon, qui de plus s'étoit jeté dans Po'tiers avec ses frères, en 1609, pour le défendre contre les huguenots. Mais il y avoit une disparité avec l'abbé d'Estrées. René de Daillon avoit été nommé évêque de Luçon; il n'en voulut point et prit en échange l'abbaye des Chastelliers, dont il porta le nom suivant l'usage de ce temps-là qui a duré longtemps depuis. Ce fut sous cette qualité qu'il eut l'ordre en la première promotion où Henri III fit des cardinaux et des prélats; et assez peu de temps après, l'abbé des Chastelliers fut fait
^. Guy de Daillon, comte du Lude, etc., était fils de Jean de Daillon et d'Anne de Baiarnay.
2. Françoise de Daillon épousa, en 1558, Jacques Goyon, seigneur de Matignon, comie de Tliurigny et maréchal de France; Anne de DailKm lut mariée à Piiilippe de Yoivire , marquis de Ruffec; enfin une seconde Françoise de Daillon à Jean de Chourses, seigneur de Malicorne.