AVERSION DE MADAME DE MAINTENON POUR MOI
jours singulièrement respecter , et qui dans tous les temps de ma vie m'a été un grand soutien et une puissante ressource.
Je viens de dire que Mme de Maintenon ne m'aimoit pas. Je ne faisois alors que m'en douter , et cet article mérite de s'y étendre un moment , au hasard de quelque répétition. Il y avoit longtemps qu'elle me haïssoit, sans que je l'eusse mérité d'elle. Chamillart me l'apprit après la mort du roi, jusqu'à laquelle il ne m'en avoit pas laissé soupçonner la moindre chose. Il me dit alors que , lorsqu'il travailla à me raccommoder avec le roi et à me remettre dans le train ordinaire de Marly , ç'avoit été moins lui qu'il avoit eu à ramener que Mme de Maintenon qu'il avoit eue à combattre , jusque-là qu'il en avoit eu des prises avec elle et même fortes , sans l'avoir jamais pu faire revenir sur moi, ni tirer d'elle contre moi que des lieux communs et des choses générales , tellement qu'il avoit eu par là toutes les peines du monde et fort longtemps à travailler du côté du roi , et à l'emporter enfin et de mauvaise grâce par complaisance pour lui , parce que Mme de Maintenon fut toujours et constamment contraire. Chamillart n'avoit pas voulu me révéler ce secret par fidélité et par modestie , peut-être aussi pour ne me jeter pas dans une peine et dans un embarras où il ne voyoit point de remède , et me l'avoua enfin quand il n'y eut plus rien de tout cela à ménager. Cette tardive découverte, lorsqu'elle ne pouvoit plus servir à rien, me fit voir que mes soupçons ne m'avoient pas trompé , encore qu'ils n'allassent pas jusqu'à ce que j'appris alors.
Je m'étois douté que M. du Maine, à bout enfin de ses incroyables avances envers moi, qu'on a vues (t. V, p. 184) et outré de n'avoir pu parvenir à me lier , non pas même à m'apprivoiser avec lui , m'avoit secrètement regardé comme son ennemi et dangereux pour son rang , que j'avois jugé être l'objet de ses infatigables et incompréhensibles recherches et de celles de Mme la duchesse du Maine; et que dans ce sentiment il avoit inspiré à Mme de Maintenon cet éloignement que je sentois, et que Chamillart m'apprit enfin être une véritable haine. Je n'avois personne auprès d'elle, je n'avois jamais songé à m'approcher d'elle ; rien de si difficile que son accès , nulle occasion ne m'en étoit née, et, pourne rien retenir, je ne m'en souciai jamais , parce que ce qu'elle étoit et force choses qu'elle faisoit me donnoient pour elle un extrême éloignement. Mon intime liaison avec les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers d'une part, avec M. le duc d'Orléans de l'autre, avec le chancelier encore , ne fit dans la suite qu'augmenter pour moi les mauvaises dispositions de cette étrange fée; et sûrement ses mauvais offices, auxquels je ne comprends pas comment j'ai pu échapper, et à ceux de Nyert , de Bloin , et des valets principaux , tous à M. du Maine , et sur lesquels j'étois averti et défendu souvent par Maréchal. Je ne puis donc comprendre encore d'où m'est venue, et moins encore comment a pu subsister constamment la considération , même personnelle , que le roi m'a toujours montrée , depuis l'audience que Maréchal m'en procura (t. V, p. 89) jusqu'à sa mort, ni comment il a tenu à un inférieur si intime et qui m'étoit si contraire , et dans les crises qu'on a vues depuis cette audience , et dans celles qu'on verra dans la suite.