‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 15 sur 345 · INDÉCENCE ET CONFUSION PARFAITE · texte numérisé non relu

INDÉCENCE ET CONFUSION PARFAITE

Il est difficile que la variété des visages, et la bigarrure de l'accoutrement de bien des gens peu faits pour le porter, ne fournissent quelque objet ridicule qui ne démonte la gravité la plus concertée. Cela arriva en cette occasion, où le roi eut quelquefois peine à se retenir, et où même il succomba une fois avec toute l'assistance au passage de je ne sais plus quel pied plat à demi abandonné de son équipage.

Quand tout fut fini chez le roi, et cela fut long, tout ce qui devoit être visité se sépara, pour aller chacun chez soi recevoir les visites. Les visités ne furent autres que les fils et filles de France, et les bâtards et bâtardes, et M. le duc d'Orléans comme mari de Mme la duchesse d'Orléans, et celui-là parut comique. Les moindres d'aînesse ou de rang allèrent chez leurs plus grands, qui ne leur rendirent point la visite, excepté Madame , qui , comme veuve du grand -père de Mme la Dauphine et grand 'mère de Mme la duchesse de Berry , fut visitée des fils et filles de France, mais non M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans. On alla donc comme on put faire cette tournée. On entroit et sortoit pêlemêle, et on ne l'aisoit que passer entrant par une porte et sortant par une autre , où il y avoit des dégagements.

C'est ce qui se rencontra chez Mme la Duchesse, et à la faveur de cette commodité , une subtilité de Mme la Princesse , fort prompte à saisir ses avantages tout dévotement. Sortant de chez Mme la Duchesse par le dégagement de son cabinet, on y trouva Mme la Princesse qui se présentoit à la compagnie pour recevoir les révérences, qui ne lui étoient ni dues ni ordonnées. On en fut si surpris que beaucoup de gens passèrent sans la voir, beaucoup plus sans faire semblant de s'apercevoir d'elle. Les deux petits princes du sang ne s'y présentèrent point.

Le duc du Maine et le comte de Toulouse reçurent les visites ensemble dans la chambre de M. du Maine , où on entroit de plain-pied et directement du jardin. Ils avoient leur compte, et voulurent faire les modestes et les attentifs pour ne pas donner la peine d'aller séparément chez tous les deux. M. du Maine se dépeça en excuses embarrassées de la peine qu'on prenoit, et se tuoit à conduire les gens titrés, et à en manquer tout le moins qu'il pouvoit. M. le comte de Toulouse conduisoit aussi avec soin , mais sans aff'ectation.

J'oubliois Mme de Vendôme, qui parut aussi chez le roi en rang d'oignon, mais qui ne fut point visitée, parce que la bâtardise de son mari venoit de plus loin. Elle ne s'embusqua point avec Mme sa mère pour enlever les révérences aux passants.

Ni le roi , ni princes , ni princesses visités ne s'assirent ni n'eurent de . siège derrière eux. Si on se fût assis chez ceux où on le doit être , cela n'eût point fini de la journée chez chacun; et des sièges sans s'asseoir auroient culbuté le monde dans l'excès de la foule et des petits lieux.

Le lendemain, mardi 21 avril, M. [le Daujjhin] et Mme la Dauphine, M. [le duc] et Mme la duchesse de Berry , Madame , M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans allèrent, l'après-dînée , en même carrosse, à Saint- Germain , tous en mante et en grand manteau. Ils allèrent droit chez le roi d'Angleterre , où ils ne s'assirent point, ensuite chez la reine, où ils s'assirent dans six fauteuils; M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans

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