‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 205 sur 345 · DIGRESSION SUR UN PRÉTENDU DROIT · texte numérisé non relu

DIGRESSION SUR UN PRÉTENDU DROIT

vrai qu'en 1661, où la promotion fut de cinquante-trois chevaliers, Monsieur eut deux chevaliers, les comtes de Clère et de Vaillac , capitaine de ses gardes, qui se suivirent l'un l'autre immédiatement; et le furent de quatre autres qui fermèrent la promotion , dont le dernier fut Guitaut, premier gentilhomme de la chambre de M. le Prince. Mais ou Monsieur n'en eut qu'un , ou bien Madame n'en eut point. On répète que c'est le premier exemple , on va voir que Monsieur ne s'en tint pas là. En 1688 . où la promotion fut de soixante et dix, M. de La Vieuville, duc à brevet et gouverneur de M. le duc de Chartres , ne le fut point sur le compte de Monsieur, ni de M. le duc de Chartres, mais sur le compte du roi, ce qui n'a jamais été mis en doute, et le marquis d'Arcy, aussi de cette promotion, qui ne fut qu'après gouverneur du même prince, n'a pu être mis sur le compte du Palais-Royal; mais Monsieur en eut deux , Madame un et en fit passer un quatrième sur le compte de M. le duc de Chartres, comme premier prince du sang, quoique petit-fils de France , avec un rang fort supérieur à celui des princes du sang : c'étoit la promotion de promesse d'avance du mariage de M. le duc de Chartres, dont le chevalier de Lorraine avoit répondu au roi , comme on le voit au commencement de ces Mémoires , qui en eut la préséance sur les ducs. Il falloit donc avoir aussi de la complaisance pour Monsieur, sans lui montrer pourquoi, et distinguer le marquis d'Effiat, le compersonnier ' du chevalier de Lorraine, dans ce marché de la personne de M. de Chartres; ainsi d'Effiat, quoique de la naissance qu'on n'ignoroit pas, et le marquis de Chàtillon furent nomjnés par Monsieur. D'Effiat fut le cinquante -troisième, et Chàtillon le soixante-quatrième. D'Étampes, qui prétendoit l'emporter sur Chàtillon, attendit Monsieur dans sa garde-robe, caché, et quand Monsieur y fut entré , il lai dit mots nouveaux sur son affection pour Chàtillon, jusqu'à oser mettre l'épée à la main et menacer Monsieur de courre sus à Chàtillon partout.

Monsieur, qui craignoit un scandale étrange et dont les suites pouvoient être fâcheuses à son goût , fit tout ce qu'il put pour apaiser d'Étarapes; voyant enfin qu'il n'en pouvoit venir à bout, d'Étampes résolu à l'éclat le plus grand ou à être certain de l'ordre avant de sortir ou de laisser sortir Monsieur de cette garde-robe, il lui en renouvela parole, et, comme que ce fût, il l'assura qu'il le seroit, le fit nommer par M. le duc de Chartres . et c'est de ce prince que j'en tiens l'histoire. D'Étampes fut le soixante-huitième, et précéda immédiatement La Rongère , chevalier d'honneur de Madame , qu'elle nomma. Lussan le suivit immédiatement, et fut le dernier de la promotion, non pour M. le Prince ni de droit, mais par la prière de M. le Prince, convenu qu'il n' avoit nul droit , comme il est raconté.

Voilà donc le premier exemple en faveur des fils et filles de France et du premier prince du sang. Il n'est pas étrange que M. le Duc, pre-

4 . Vieux mot qui signifie associé. Il s'appliquait surtout aux gens de mainmorte qui, dans la Bourgogne, le Nivernais, etc., mettaient leurs biens en commua.

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