‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 232 sur 345 · CES FORMES TRAITÉES ENTRE LES DUCS · texte numérisé non relu

CES FORMES TRAITÉES ENTRE LES DUCS

Les Anglois , accoutumés à leurs parlements , qui sont en effet leurs états généraux , croyoient aux nôtres la même autorité. Ils en ignoroient la nature , et la mesurant à celle des leurs , ils en vouloient appuyer et consolider ies renonciations par une autorité, dans leur idée, légale, la plus grande qui pût être réclamée , et qui appuyât le plus solidement l'autorité du roi. Lui montrer se défier de la foiblesse de la sienne , il est inexprimable l'effet de ce doute dans l'âme d'un prince presque déifié à ses propres yeux , et dans l'usage intérieur et constant du plus illimité despotisme. Lui faire apercevoir qu'on croyoit trouver dans ses sujets une autorité confirmative de la sienne , c'étoit un attentat au premier chef le plus sensible , qu'une couronne ne pouvoit couvrir. On fit entendre aux Anglois la foiblesse et l'inutilité du secours d'autorité qu'ils demandoient. On leur expliqua la nature et l'impuissance de nos états généraux, et ils comprirent enfin combien leur concours seroit vain quand même il seroit accordé.

On leur disoit vrai , mais on se gardoit bien en même temps de leur enseigner où résidoit par nature , par droit , et par exemple , ce qu'ils cberchoient sans pouvoir le trouver , ou peut-être sans le vouloir , à cause de Philippe de Valois et de la loi salique. Quoi qu'il en soit, on fut longtemps à battre l'eau : la France à dire qu'un traité des renonciations , une déclaration du roi expresse et confirmative , enregistrée au parlement, suffisoit ; les Anglois à répliquer par l'événement des renonciations , traités , contrats de mariage de Louis XIII et de Louis XIV ; et cependant la paix , toute convenue avec les Anglois , et fort au-dessus de nos espérances, demeuroit accrochée. Les renonciations étoient consenties en France et en Espagne , où il n'y avoit point de difficulté pour la forme , comme il sera expliqué en son lieu ; mais tout étoit arrêté sur celles de France. C'est ce qui fit dépêcher de Londres Bolingbroke à Fontainebleau , dont tout le personnel , voyage , jusqu'à la réception et les moindres particularités, sont si bien expliquées dans les Pièces, que je m'abstiendrai d'en rien dire ici.

Dès la naissance de la difficulté , elle avoit été traitée entre les ducs deChevreuse, de Beauvilliers et moi. Le duc d'Humières y fut admis quelque temps après en quatrième, et le duc de Noailles, qui les cultivoit avec grand soin depuis que je l'avois raccommodé avec eux, avoit si bien fait qu'ils voulurent bien qu'il entrât en cinquième dans cette grande affaire. Il se piquoit de lecture , de bibliothèque , de commerce de gens instruits à fond dans notre histoire , et de l'être fort lui-même; et pour en dire la vérité , il étoit quelquefois difficile de n'être pas souvent ébloui de son esprit, de son débit et de sa vaste superficie. Mais ' dans ces cinq personnes il n'y avoit que M. de Ghevreuse de véritablement instruit. M. de Beauvilliers ne s'étoit jamais adonné à fond à cette étude , et il y avoit longues années qu'il n'avoit pas même le temps de lire par le nombre de ses fonctions. M. d'Humières s'en piquoit encore moins-, et M. de Noailles, qui écorchoit la superficie de tout, n'avoit jamais pu rien approfondir en aucun genre. Je n'aurai pas la hardiesse ni la fatuité de me nommer; je me soumets très-sincèrement au jugement qu'on voudra porter en examinant ce qui s'en trouvera dans les

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