‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 239 sur 345 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Conférences sur les formes des renonciations entre le duc de Beauvilliers et moi. — Différence essentielle de validité entre celle du roi d'Espagne el celle des ducs de Berry et d'Orléans. — Le roi non susceptible d'aucune autre forme que d'un enregistrement ordinaire. — Peine extrême du duc de Beauvilliers là-dessus, sur ce que je lui représente. — Le duc de Beauvilliers de plus en plus en peine. — Je lui propose une façon inouïe d'en sortir. — Je m'anéantis au duc de Beauvilliers. — Puissants moyens des ducs de Berry et d'Orléans d'appuyer les justes formes valides en leur faveur. — Je ramène les ducs de Berry et d'Orléans à laisser le roi régler sans nulle résistance la forme des renonciations. — Caractère, état et friponnerie de Nancré. — Il ne tient pas à lui et à Torcy de me faire une affaire cruelle auprès du roi sur les renonciations. — Ducs d'Harailton et d'Aumont ambassadeurs en France et en Angleterre. — Grand traitement de ce dernier, qui, avant son départ, est fait seul chevalier de l'ordre. — Extraction et mort du duc d'Harailton. — Duc de Shrewsbury ambassadeur en France. — Bailli de La Vieuville ambassadeur de Malte, au lieu du feu

bailli de Noailles. — Course de l'électeur de Bavière à Fontainebleau.

Retour du roi par Petit-Bourg à Versailles. — Départ de la duchesse d'Albe pour l'Espagne. — Abbé de Caslillon; quel. — Il l'épouse, et sa fortune.

— La Salle ; son extraction, son caractère, sa fortune, son mariage.

Quelques anciennes et courtes anecdotes.

Ce fut après à MM. de Chevreuse et de Beauvilliers, mais à celui-ci surtout , à voir comment ils s'y prendroient pour oser faire au roi une proposition qu'il trouveroit si choquant cette autorité dont il étoit idolâtre , à la déification de laquelle il avoit employé tout son règne. Ils m'ont laissé ignorer ce qui se passa là-dessus; et je n'ai pas cru devoir crocheter des amis si respectables , et qui d'ailleurs avoient en moi la plus parfaite confiance , soit qu'au fait et au prendre ils n'aient osé faire la proposition après avoir bien tâté et reconnu le terrain , qui est ce que le secret à mon égard m'a fait soupçonner , soit qu'ils aient été repoussés sans espérance. Vers la fin de Fontainebleau , M. de Beauvilliers me déclara que le roi n'entreroit jamais dans ces formes , et qu'il ne vouloit ouïr parler que d'un simple enregistrement des renonciations au parlement et tout au plus d'y appeler les deux princes intéressés et les pairs : encore n'en voudroit-il pas répondre.

Je lui dis qu'en cela comme en tout le roi étoit le maître, mais que cela n'auroit nulle validité ; que les alliés seroient bien simples s'ils s'en contentoient , et les deux princes intéressés encore plus, à qui cela coupoit la gorge. Ce terme l'effraya , et je m'expliquai. Je lui dis donc que ces renonciations étoient doubles et réciproques; qu'en Espagne la forme de toute espèce de législation étoit certaine et reconnue ; que cette même forme servoit encore pour la reconnoissance d'un roi et de son héritier, pour son inauguration, pour les serments à lui faire, en

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