COMÉDIES CHEZ MADAME DE MAINTENON
petites ressources, pour les animer de quelque babil. C'étoit un homme de tout temps dans sa main, et qui lui devoit son retour. Il étoit propre à hasarder certaines choses qui n'étoient pas de la sphère des ministres , qu'elle vouloit qui lui revinssent après par le roi pour la sonder; s'il y avoit lieu , les appuyer , et les pousser d'autant plus délicatement et sûrement qu'elles sembleroient moins venir d'elle. La mort des princes du sang qui n'en avoient laissé que d'enfants , celle des Dauphins et de la Dauphine, le pis que néant où la plus noire et fine politique avoit réduit M. le duc d'Orléans, et le tremblement inné de M. le duc de Berry sous le roi soigneusement entretenu, ouvroient un vaste champ à l'ambition démesurée de M. du Maine et à l'affolement pour lui de sa toute-puissante gouvernante. Le maréchal de Villeroy étoit un vil courtisan et rien de plus: nul instrument ne leur étoit plus propre; j\]me de Maintenon ne songea donc plus qu'à le mettre à toute portée de s'en pouvoir servir.
Peu de jours après , le roi déclara , allant à la messe , qu'il avoit donné le gouvernement de Guyenne au comte d'Eu. Ainsi les deux fils du duc du Maine, revêtus déjà des survivances de Languedoc, des Suisses et de l'artillerie , se trouvèrent passablement pourvus. Le maréchal de Villeroy n'y influa point, que je pense; il ne pouvoit encore en être là. Quelque accoutumée que fût la cour à des accroissements gigantesques de ses bâtardeaux , elle ne laissa pas d'être également surprise et consternée de cette énorme augmentation, et de le laisser apercevoir à travers ses flatteries, dont M. du Maine fut assez embarrassé. Une autre surprise bien plus grande suivit celle-ci de fort près et termina cette année.
Les ducs de La Rochefoucauld s'étoient accoutumés depuis longtemps à ne vouloir chez eux qu'un successeur pour recueillir. tous les biens et toute la fortune du père , à ne marier ni filles ni cadets , qu'ils comptoient pour rien, et à les jeter à Malte et dans l'Église ; le premier duc de La Rochefoucauld fit son second et son quatrième fils prêtres. L'aîné mourut évêque de Lectoure , l'autre se contenta d'abbayes , le second fut chevalier de Malte. De six filles qu'il eut , quatre furent abbesses , la dernière religieuse. La troisième, plus coriace que les autres, voulut absolument un mari. On ne lui vouloit rien donner. Mme de Puysieux, qui a depuis été si en faveur auprès de la reine mère pendant sa régence , languissoit dans la disgrâce et l'exil où étoit mort le chancelier de Sillery , son beau-père , et qui avoit fait perdre à son mari sa charge de secrétaire d"État et sa fortune. Elle étoit Valencey , glorieuse à l'excès , et faite , comme on le vit depuis , pour le monde et pour l'intrigue. L'alliance l'éblouit avec raison; elle tint lieu de dot. Cette raison courba • l'orgueil des La Rochefoucauld ; le duc donna sa fille à Sillery. Tous deux sont morts longues années depuis à Liancourt , ruinés , et Mme de Sillery, qui n'avoit rien eu, y a passé la plupart de sa vie défrayée, pour se servir d'un terme honnête, par son frère et par son neveu.
Le second duc de La Rochefoucauld , qui a tant figuré dans les troubles contre Louis XIV, et si connu par son esprit, eut cinq fils et trois filles. Des quatre cadets , trois furent chevaliers de Malte ; et le dernier, prêtre, fort mal appelé; et tous quatre avec force abbayes. Les trois