MESSE A LA SAINTE-CHAPELLE
la porte de laquelle se trouvèrent deux présidents à mortier et deux conseillers de la grand'chambre députés du parlement pour venir recevoir M. le duc de Berry. Le court compliment reçu et rendu, on se mit en marche, les deux présidents aux deux côtés de M. le duc de Berry, derrière lequel étoit le capitaine de ses gardes avec le bâton. Il étoit précédé de M. le duc d'Orléans entre les deux conseillers; je marchois immédiatement seul devant ce prince , et le duc de Saint-Aignan seul aussi immédiatement devant moi. Les officiers principaux des deux princes et beaucoup de gens de qualité marchoient confusément devant et derrière, et les gardes de M. le duc de Berry, le mousquet sur l'épaule avec leurs officiers, côtoyoient la marche des deux côtés et avoient grand'peine à faire faire place.
La foule du peuple, depuis la Sainte-Chapelle jusqu'à la grand'chambre , étoit telle . qu'une épingle ne seroit pas tombée à terre , et des gens grimpés de tous les côtés où ils purent. La séance étoit entière lorsque M. le duc de Berry y arriva, c'est-à-dire les princes du sang et légitimés, tous les autres pairs, tout le parlement. Tournelle, enquêtes et requêtes étoient en place avec la grand'chambre , les conseillers d'honneur, les honoraires et quatre anciens maîtres des requêtes; toute k séance étoit en bas, et en haut et derrière la séance sur des bancs fleur- " delisés pour tout ce qui avoit séance , mais qui ne pouvoit tenir dans le carré ordinaire, où il n'y eut presque de place que pour les pairs. On étoit en bas parce que ce qu'on alloit faire étoit supposé à huis clos, nîais toute la grand'chambre étoit pleine en confusion de toutes sortes de personnes debout en foule. On fit asseoir sur les derniers bancs de derrière tout ce qu'on put de gens de la cour et de personnes de qualité. Les deux princes, suivis des deux présidents à mortier, traversèrent le parquet pour aller prendre leurs places ; le duc de Saint-Aignan et moi prîmes les nôtres, et entrâmes en séance immédiatement avant eux; les deux conseillers , qui à l'entrée de la séance étoient demeurés en arrière, gagnèrent les leurs comme ils purent. Toute la séance se leva et se découvrit à l'approche des princes dès l'entrée de la séance , avant que nous y entrassions , et ne se rassit et se couvrit que lorsqu'ils s'assirent et se couvrirent. Le duc de Shrewsbury , accompagné de l'introducteur des ambassadeurs et de quelques Anglois de sa suite, étoit en haut dans la lanterne, du côté de la cheminée, qu'on avoit préparée pour lui, comme témoin nécessaire de cet acte de la part de l'Angleterre. Je marquerai ici les pairs qui étoient en séance , et à côté ceux qui ne s'y trou- ■ vèrent pas , parmi lesquels la plupart n'avoient pas l'âge porté par l'édit de 1711 pour être reçus au parlement. On verra ainsi tout ce qui eiistoit alors de ducs et de pairs en France.