‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 292 sur 345 · RETOUR A VERSAILLES · texte numérisé non relu

RETOUR A VERSAILLES

Les deux princes partirent bientôt après qu'ils furent sortis de table , et furent au pas jusqu'à la porte Saint- Honoré, avec la pompe qu'ils étoient entrés le matin dans Paris. Ils parurent l'un et l'autre fort scandalisés de plusieurs choses qu'ils avoient remarquées au parlement , les unes à l'égard des pairs seulement , les autres qu'ils avoient partagées avec eux. Je les supprime ici , parce qu'il y aura lieu d'en parler dans la suite. Du reste, M. le duc de Berry, qui ne se rasséréna point pendant tout le chemin , tint le carrosse dans le sérieux et la réserve. Ils mirent pied à terre à Versailles , dans la cour des Princes , apparemment parce que les gardes de M. le duc de Berry ne l'auroient pu suivre dans la grande cour. Ils trouvèrent à leur portière un message qui les attendoit. La duchesse de Tallard avoit, comme on l'a dit, été fiancée la veille, mariée la nuit, et recevoit ce jour-là ses visites sur le lit de la duchesse de Ventadour. Elle envoya donc attendre les deux princes, et les prier de vouloir bien venir chez sa petite-fille avant d'entrer chez eux , s'ils vouloient lui faire l'honneur de l'aller voir , parce que les visites étoient finies, et qu'elle n'attendoit plus qu'eux pour sortir de dessus ce lit. Ils y allèrent tout droit.

Ils furent reçus, entre autres, par la princesse de Montauban, qui, avec sa fiatterie" ordinaire, et sans savoir un mot de ce qui s'étoit passé, se mit à crier, dès qu'elle aperçut M. le duc de Berry, qu'elle étoit charmée de la grâce et de la digne éloquence avec laquelle il avoit parlé au parlement, et paraphrasa ce thème de toutes les louanges dont il étoit susceptible. M. le duc de Berry rougit de dépit, sans dire une parole et marchant toujours pour gagner le lit ; elle de redoubler , d'admirer sa modestie, qui le faisoit rougir et ne point répondre, et ne cessa point qu'ils ne fussent arrivés auprès de la mariée. M. le duc de Berry n'y demeura que quelques moments debout, et s'en alla. II. fut reconduit comme il avoit été reçu, et toujours poursuivi par cette vieille sur les merveilles qu'il avoit faites , et les applaudissements qu'il s'étoit attirés dii parlement et de tout Paris. Délivré d'elle à la fin par le terme de la conduite , il s'en alla chez Mme la duchesse de Berry , où il trouva du monde , n'y dit mot à personne , à peine à Mme la duchesse de Berry , prit Mme de Saint-Simon , et s'en alla chez lui seul avec elle , où il s'enferma dans son cabinet.

Il s'y jeta dans un fauteuil, s'écria qu'il étoit déshonoré, et le voilà aux hauts cris et à pleurer à chaudes larmes. Il raconta à Mme de Saint- Simon, à travers les sanglots , comment il étoit demeuré court au parlement sans pouvoir proférer une parole -, à appuyer sur l'afi^ront que cela lui faisoit devant une telle assistance , qui se sauroit partout , et qui le feroit passer pour un sot et pour un imbécile; puis tomba sur les compliments qu'il avoit reçus de Mme de Montauban, qui, dit-il, s'étoit moquée de lui et l'avoitinsulté ; et qui savoit bien sûrement ce qui lui étoit arrivé; et de là à l'appeler par toutes sortes de noms dans la dernière fureur contre elle. Mme de Saint-Simon n'oublia rien pour l'adoucir et sur son aventure et sur celle de Mme de Montauban , en l'assurant qu'elle ne pouvoit pas savoir ce qui s'étoit passé au parlement , dont personne encore n' étoit informé à Versailles , et que la flatterie lui avoit

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