MADAME DE MAINTENON ET MONSEIGNEUR
Irait d'original, et peut-être d'espion double à tous les deux. Fort rapprochée de Mgr le duc de Bourgogne personnellement, depuis la campagne de Lille , et devenue en effet à l'égard de Mme la duchesse de Bourgogne , et elle au sien , comme une bonne et tendre mère , et la meilleure et la plus reconnoissante fille et la plus attachée , elle regardoit leur rehaussement comme la sûreté de sa grandeur, et comme le calme et le rempart de sa vie et de sa fortune , quelque événement qui pût arriver.
Pour le roi , jamais homme si tendre aux larmes , si difficile à s'affliger, ni si promptement rétabli en sa situation parfaitement naturelle. II devoit être bien touché de la perte d'un fils qui , à cinquante ans , n'en avoit jamais eu six à son égard. Fatigué d'une si triste nuit , il demeura fort tard au lit. Mme la duchesse de Bourgogne , arrivée de Versailles , attendoit son réveil chez Mme de Maintenon , et toutes deux l'allèrent voir dans son lit dès qu'il fut éveillé. Il se leva ensuite à son ordinaire. Dès qu'il fut dans son cabinet, il prit le duc de Beauvilliers et le chancelier dans une fenêtre, y versa encore quelques larmes, et convint avec eux que le nom, le rang, et les honneurs de Dauphin dévoient dès ce moment passer à Mgr [le duc] et à Mme la duchesse de Bourgogne , que désormais je ne nommerai plus autrement. Il décida ensuite ce qui regardoit le corps de Monseigneur, en la manière qui a été racontée, reçut sa cassette et ses clefs que du Mont lui apporta, régla ce qui concernoit le petit nombre des domestiques personnels du feu prince , commit le chancelier au partage de la légère succession entre les trois princes ses petits-fils , et descendit après jusqu'à la réduction de l'équipage du loup au pied de son premier établissement. Il remit au dimanche suivant l'admission dans Marly de ce qui avoit accoutumé de l'y suivre, et des autres qu'il choisiroit sur la liste des demandeurs. Une voulut jusque-là que qui que ce soit y entrât , excepté ceux qui y étoient arrivés avec lui ; Mme la Dauphine eut seule la permission de l'y venir voir très-peu accompagnée , et sans y manger ni coucher, pour laisser aérer ce qu'il avoit amené, et changer d'habits à ce même monde. En même temps il envoya le duc de Bouillon , grand chambellan , à Saint-Germain , donner part au roi , à la reine et à la princesse d'Angleterre de la perte qu'il venoit de faire. Il se promena dans ses jardins , et Mme la Dauphine revint passer une partie du soir avec lui chez Mme de Maintenon. Cette princesse s'y trouva tous les soirs les jours suivants, et même à sa promenade. Le jeudi il s'amusa aux listes pour Marly. Il attacha au Dauphin les mêmes menins qu'avoit Monseigneur , et permit à d'Antin d'en donner à son fils la place qu'il avoit.
Il le chargea d'aller assurer de sa part Mlle Choin de sa protection , et de lui porter une pension de douze mille livres. Elle n'avoit ni demandé ni fait nommer son nom. Mgr et Mme la Dauphine lui envoyèrent faire toutes sortes d'amitiés , et toutes deux lui firent l'honneur de lui écrire. Sa douleur fut de beaucoup moins longue et moins vive qu'on auroit cru. Cela surprit fort, et persuada qu'elle entroit en bien moins de choses qu'on ne pensoit. Sa vie étoit infiniment gênée. Il lui falloit