‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 30 sur 345 · DISCUSSION DU PROJET DE RÈGLEMENT · texte numérisé non relu

DISCUSSION DU PROJET DE RÈGLEMENT

lellres d'érection de La Rochefoucauld. — Lettres de M. le duc de Saint- Simon à M. le chancelier; de M. le chancelier à M, le duc de Saint-Simon; de M. le duc de Saint-Simon à M. le chancelier. — Eclaircissement de quelques endroits de mes lettres. — Anecdote curieuse de l'enregistrement de La Rochefoucauld,

Alors il fut question, entre le chancelier et moi, d'en venir à un sérieux examen de cet ancien projet du premier président d'Harlay , que j'avois copié et noté , qui devoit servir de base au règlement qu'on voulûit faire. Le premier article devint la première matière de contestation : c'étoit celui des princes du sang, qui étoit vague , hors d'oeuvre . et qui ne disoit rien. Par cela même, j'en craignois une approbation implicite des usurpations à notre égard , dont M. le prince de Conti convenoit de si bonne foi du nombre et de l'injustice: et sans m'expliquer là-dessus avec le chancelier . j'insistai sur Tinutilité , et dès là sur l'indécence d'un article qui ne régloit rien , parce qu'il n'y avoit rien alors à décider à cet égard. Le chancelier me répondit qu'ayant nécessairement à parler des légitimés . on ne pouvoit passer sous silence les légitimes. Je ne voyois point cette nécessité. Il ne s'agissoit de rien sur les princes du sang : il n'y avoit point de concessions à confirmer pour eux comme pour les bâtards , puisqu'on vouloit prendre cette occasion de le faire ; mais cette bienséance de ne pas parler de ceux-ci sans avoir d'abord fait mention de ceux-là parut au chancelier une raison péremptoire. Comme . dans le fait . ce premier article n'énonçoit rien , je ne m'opiniâtrai pas trop: mais j'essayai de faire supprimer le second, qui portoit la confirmation dont je viens de parler , et avec lequel le premier tom boit de soi-même. Mais le chancelier, ferme sur son principe que cet article seul seroit le chausse-pied du règlement, m'ôta toute espérance qu'il pût être supprimé , et je me tournai à le faire dresser , en sorte qu'il ne donnât pas au moins une force nouvelle à ce qui avoit été fait pour les bâtards, et que la confirmation, puisqu'il en falloit passer par là, fût la plus simple et la plus exténuée qu'il seroit possible. Le troisième article fut une ample matière. Harlay, par ce projet, ne songeoit qu'à son ambition. Il avoit parole réitérée d'être chancelier pour ses bons services aux bâtards. Le brillant de M. de Luxembourg, soutenu de la faveur pleine de M. de Chevreuse , l' avoit ébloui jusqu'à lui faire tenir la partiale conduite qui le fit récuser dans cette affaire de préséance, et qui nous fit rompre tous ouvertement avec lui. 11 étoit lors au fort de cette brouillerie . dans laquelle le duc de La Rochefoucauld se montra des plus animés. Harlay le redouta pour les sceaux, et le voulut ramener à soi par la même voie qui l'en avoit aliéné. 11 étoit bien au fait de la question de préséance qui étoit entre lui et moi, et, sans faire semblant d'y penser, il dressa ce troisième article pour m'étrangler, sans que je m'en défiasse, et pour se raccommoder par là avec M. de La Rochefoucauld. Comme cet article fut la matière de divers mouvements auxquels il faudra revenir plus d'une fois , je passerai aux autres sans m'arrêter maintenant à celui-ci , sinon sur ce qui ne me regarde pas en particulier.

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