‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 315 sur 345 · PLAISANT TOUR DE WARTIGNY · texte numérisé non relu

PLAISANT TOUR DE WARTIGNY

de porter son nom et ses armes. Le cardinal de Bouillon, qui ne s'attendoit à rien moins qu'à ce compliment, pour lui si étrange et si publiquement fait, rougit jusqu'au blanc des yeux, regarda Wartigny avec des yeux de fureur, tourna le dos sans répondre, et se hâta de gagner la pièce où on alloit en sortant de table , grommelant de colère entre ses dents. L'assistance se mit fort à rire et à se moquer de l'orgueil si déplacé du cardinal, et à remercier Wartigny de lui avoir donné cette scène. Passons maintenant à l'origine de cette branche.

Anne IV de La Tour, seigneur d'Oliergues et vicomte de Turenne, l'un des chambellans de Louis XI , eut d'Anne de Beaufort, sa cousine germaine , qu'il avoit épousée par dispense en 1444 , plusieurs enfants dont un continua la postérité , et un seul puîné qui fit la branche de ces La Tour dont on parle ici. Ce puîné fut Antoine-Raymond de La Tour^, et sa branche porta le nom de La Tour-Murat. Il étoit frère d'Antoine de La Tour, vicomte de Turenne , l'un des chambellans de Charles VIII, père de François II de La Tour, vicomte de Turenne, qui commença beaucoup à figurer, dont le fils François II de La Tour, vicomte de Turenne , épousa une fille du célèbre Anne . duc de Montmorency , connétable de France, lequel fut père du maréchal de Bouillon à qui Henri IV fit épouser l'héritière de Bouillon et Sedan, père de MM. de Bouillon et de Turenne, et grand-père du cardinal de Bouillon, etc. C'en est assez pour faire voir d'où et quand la branche de La Tour-Murat s'est formée.

Il est vrai qu'elle ne fut pas heureuse en richesses ni en honneurs. Les alliances n'en furent pas plus flatteuses , excepté une La Fayette qu'épousa ce chef de la branche, et une Apchier qu'ils eurent dans la suite. Ce chef de branche , qui lui-même commença l'obscurité dans laquelle toute sa postérité est demeurée, fut bisaïeul de Jacques de La Tour, seigneur de Murât , qui sur la présentation de ses titres fut maintenu dans sa noblesse par Fortia, intendant d'Auvergne, le 18 juin 1677. Ce Jacques de La Tour étoit au quatrième degré avec le maréchal de Bouillon, c'est-à-dire enfants des issus de germains: et ce même Jacques de La Tour étoit le propre grand-père du gendre de Sainctot, c'est-à-dire que ce gendre de Sainctot et le cardinal de Bouillon étoient au sixième degré. Les autres Bouillon ne les renioient pas avec moins d'indignation que le cardinal, tant la princerie affole les cervelles. Ce gendre de Sainctot a laissé des fils . outre lesquels il y a encore la branche de La Tour, seigneurs de Blanchas et de Saint-Exupéry, sortie d'un puîné du fils aîné du chef de la branche de Murât , et dans le même néant qu'elle. Longtemps depuis la mort de Louis XIV, les Bouillon réduits à quatre têtes : le duc de Bouillon, le prince de Turenne son fils unique , le comte d'Ëvreux apoplectique et hors d'état de se remarier , et le cardinal d'Auvergne . ils ont été tentés de faire justice et de reconnoître enfin ces La Tour. Tantôt ils le voulurent , tantôt ils ne le voulurent plus. Après ils se partagèrent sur le oui et le non. Le point étoit ce dieu de princerie. Ils courtisèrent le cardinal Fleury qui avoit tant fait d'énormités pour eux , et ils en espérèrent celle de princiser aussi ces pauvres petits-cousins , sans quoi il eût été bien fâcheux de les reconnoître. Le cardinal est mort sans le leur accorder, et ils sont encore à les reconnoître.

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