‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 323 sur 345 · MADEMOISELLE DE CONTI · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE CONTI

passé pour avoir de l'esprit ni de la résolution. Son état et sa vertu la faisoit respecter extérieurement dans sa famille ; son peu de lumière et de force l'y faisoit mépriser en effet; en sorte qu'avec des millions dont elle étoit maîtresse absolue de disposer comme elle eût voulu par la nature des biens, et par les lois et les coutumes, elle ne laissa pas d'être toujours comptée pour rien , et de n'influer pas le moins du monde sur quoi que ce soit dans sa famille. Sa timidité étoit extrême avec le roi; elle en avoit à l'égard de tout le monde , et de tous ses enfants. M. le Prince l'avoit matée jusqu'à l'avoir abrutie, et la disposition naturelle y étoit entière. Il est donc très-difficiie d'imaginer qu'elle ait pris d'ellemême, et subitement, la vue d'un double mariage sûrement à faire malgré les mères veuves, et dans la plus vive aigreur l'une contre l'autre, qui de plus ne s'étoient jamais aimées; de rompre pour cela avec la même violence un mariage goûté et comme arrêté; et d'opérer tout cela par l'autorité absolue du roi , sans nul autre instrument auprès de lui qu'elle-même; tandis que Mlle de Conti faisoit par là le plus grand mariage qu'elle pût espérer, et l'unique auquel son âge et sa naissance lui pussent permettre d'arriver, et d'espérer de ne passer pas le reste de sa jeunesse dans l'emiui et dans l'esclavage sous lequel elle se désespéroit.

La résolution prise par Mme la Princesse d'aller parler au roi , Mlle de Conti se trouva bien embarrassée pour se tirer d'affaires avec Mme sa mère et avec Mme la duchesse de Berry. Entre la résolution et l'exécution il n'y eut qu'un point , parce qu'il étoit à craindre que , les chosesi avancées autant qu'elles l'étoient entre M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans et Mme la princesse de Conti , ils n'en parlassent au roi , et que, le mariage une fois agréé, il n'y eût plus de remède, Mlle de Conti demanda donc un rendez-vous à Mme la duchesse de Berry à Saint- Cloud, pour chose fort pressée, pour le lendemain de son message, qu'elle n'envoya que tard. Toutes deux partirent de Versailles et de Paris pour Saint-Cloud, en même temps que Mme la Princesse pour Versailles , afin que celle-ci ne pût être gagnée de la main auprès du roi par M. le duc d'Orléans averti.

Je ne sais comment Mlle de Conti tourna son discours à Saint-Cloud; mais il fallut bien avouer au moins qu'elle n'avoit pas gardé le secret qu'elle avoit promis , et par là tout au moins elle étoit cause de la résolution que Mme la Princesse avoit prise, et de la promptitude avec laquelle elle l'exécutoit. Il n'en fallut pas davantage pour persuader à Mme la duchesse de Berry que Mlle de Conti ne s'étoit servie de la confiance qu'elle avoit eue en elle que pour en profiter pour elle-même, enviolant son secret et en poussant Mme la Princesse à une démarche dont la force et la promptitude lui ressembloient si peu, et dont tout le fruit étoit pour Mlle de Conti. Elle ne lui cacha pas ce qu'elle en pensoit, et la traita avec toute l'indignité et toute la hauteur qu'elle crut qu'elle méritoit. Les larmes de colère et de dépit allongèrent la visite plus que les discours. Jamais Mme la duchesse de Berry ne lui a pardonné, et s'est piquée jusqu'à la mort de lui faire sentir en toute occasion publique, car de particulier*» il n'y en eut plus entre elles, tout le poids

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