‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 325 sur 345 · DOUBLE -MARIAGE · texte numérisé non relu

DOUBLE -MARIAGE

sibles au dépit de M. [le ducj et de Mme la duchesse d'Orléans, et à celui de Mme la duchesse de Berry , de se voir enlever avec hauteur pour elles le parti dont ils se tenoient assurés.

Mme la Princesse, ravie d'un si prompt et si entier succès, se tint à Versailles à tout événement, et vit le roi plusieurs fois tête à tête, pour rompre les difficultés dont Mme sa fille se hérissoit , et pour presser la conclusion. Le roi lui envoya plusieurs fois Pontchartrain, qui par son ordre employa à la fin les menaces. Elles eurent leur effet, et on envoya à Rome pour les dispenses , tandis qu'on se mit à travailler aux contrats de mariage. La négociation fut fort courte. Le roi voulut que ces mariages fussent faits et consommés avant que M. le Duc et M. le prince de Conti partissent pour l'armée d'Allemagne. Il en coûta cinq cent mille livres au roi. qui donne toujours cent cinquante mille livres à chaque prince du sang qui se marie, et à chaque princesse du sang qui se marie cent mille livres.

Enfin les deux fiançailles se firent le samedi 8 juillet , sur le soir . dans le cabinet du roi , par le cardinal de Rohan , revenu exprès de Strasbourg , où il ne faisoit que d'arriver. Mme la Duchesse et Mme la princesse de Conti n'y firent prier que les parents, mais jusqu'à un degré assez étendu. La foule ne laissa pas d'y être grande de tout ce qui ne l'avoit pas été. Mlle de Charolois et Mlle de La Roche-sur- Yon portèrent la queue de la mante des deux fiancées. Le lendemain dimanche 9 . le cardinal de Rohan dit la messe à midi dans la chapelle , en présence du roi et de toute la cour , et il y maria les deux princes et les deux princesses , qui furent mis tous quatre sous le même poêle. Il n'y eut point de dîner ni de plaisirs. Le soir, toute la maison royale, tous les princes et princesses du sang, M. et Mme du Maine et leurs deux fils, et M. le comte de Toulouse, soupèrent avec le roi chez lui. Il passa avec eux tous dans son cabinet , au sortir de table ; et un quart d'heure après il descendit dans l'appartement de feu M. le Prince, que Mme la Princesse avoit conservé entier, et qui étoit double. Les deux noces y couchèrent ; le roi donna la chemise aux deux mariés , et Mme la duchesse de Berry aux deux mariées. Ce ne fut pas sans prodiguer à l'une des deux ses plus perçants dédains. Le lendemain lundi , après dîner, le roi retourna au même appartement voir les deux mariées chacune sur son lit, où toute la cour abonda le reste de la journée. Dès le soir M. le prince de Conti entra après le souper dans le cabinet du roi, jusqu'à son coucher , comme mari de sa petite- fille , privilège attaché uniquement à cette qualité. M. le duc avoit près de quatre ans moins que sa nouvelle épouse, et M. le prince de Conti deux moins que la sienne. De cette affaire Mme la princesse de Conti demeura indignée contre sa fille , outrée contre Mme la Princesse, plus aigrie que jamais contre Mme la Duchesse . de plus en plus attachée à suivre les procès et à ne vouloir pour rien euïr parler d'aucun accommodement , et en amitié liée et publique avec M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans et avec Mme la duchesse de Berry.

Un mariage moins important fit aussi bien du désordre et de l'éclat. Ce fut celui de la fille aîn^-e de M. de Monaco avec le fils aîné du comte

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