‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 331 sur 345 · VILLARS CHEVALIER DE LA TOISON D'OR · texte numérisé non relu

VILLARS CHEVALIER DE LA TOISON D'OR

possible à se vanter et à demander. La surprise de cette Toison fut universelle. Il passa le Rhin le 12 septembre , partie au Fort-Louis , partie sur le pont de Strasbourg. Il prit fort aisément les retranchements que les ennemis avoient faits près de Fribourg , et incontinent après il investit cette place.

Le cardinal de Bouillon , méprisé au dernier point dans tous les Pays- Bas , depuis l'étrange mariage qu'il avoit fait de sa nièce , et le procès perdu en conséquence contre la duchesse d'Aremberg , ne savoit plus où se tenir dans ces provinces , après avoir essayé et changé de divers séjours. Il s'étoit encore fait moquer de lui par l'air important qu'il avoit pris d'affecter de se tenir à portée d'Utrecht, comme si les affaires d'un aussi petit particulier que lui eussent pu y être traitées. Ce prétexte finit à sa confusion , il se retira chez l'évêque de Ruremonde , d'où , ne sachant plus que devenir, il s'achemina enfin à Rome par l'Allemagne et le Tyrol , à quatre ou cinq lieues par jour , et force séjours pour tuer le temps et allonger son voyage.

L'électeur de Bavière arriva de Compiègne en cette petite maison qu'il avoit empruntée à Suresne dans le même temps que le roi apprit la prise de Landau qu'il lui manda par d'Antin. Il vint quelques jours après , sur le soir , à Marly . ayant passé la journée à voir jouer les eaux à Versailles. Il fut quelque temps seul avec le roi dans son cabinet , soupa chez d'Antin, joua au salon avant et après souper, avec M. [le duc] et Mme la duchesse de Berry , et s'en retourna à Suresne.

Le mercredi 30 août , le roi tint le conseil d'État à Marly , dîna à son petit couvert , puis alla tout droit coucher à Petit-Bourg , chez d'Antin , et le lendemain à Fontainebleau. Il avoit dans son carrosse Mme la duchesse de Berry auprès de lui, Mme la Duchesse, sa nouvelle bellefille, et Mlle de Charolois au devant; M. le duc de Berry et la nouvelle princesse de Conti aux portières ; Madame , qui étoit un peu incommodée , aima mieux aller dans son carrosse. L'électeur de Bavière y arriva le samedi 9 septembre , dans le logement d'un concierge du jardin de Diane, qu'on lui avoit meublé tout auprès de celui de d'Antin , qui lui avoit fait accommoder une petite loge pour être incognito à la comédie , et y entrer et en sortir commodément quand il voudroit. D'Antin se chargea de lui donner à dîner et à souper, et de lui fournir force joueurs chez lui dès le matin, et toute la journée. Il fut à plusieurs chasses à cheval, et à plusieurs promenades du roi autour du canal, où d'Antin le mena toujours dans son carrosse. Il avoit les soirs force dames à jouer chez lui , et alloit toujours chez Mme la duchesse de Berry les jours qu'il y avoit jeu chez elle. Il vit le roi un quart d'heure seul dans son cabinet le mardi 26 septembre , après son lever , y prit congé de lui , et partit pour aller passer un jour dans une maison qu'il venoit d'acheter à Saint-Cloud, et de là retourner à Compiègne. Il ne vit le roi dans son cabinet que cette seule fois à Fontainebleau.

La comtesse de Solre vint avec sa fille à Fontainebleau prendre congé du roi pour mener sa fille en Espagne épouser le prince de Robecque et être dame du palais de la reine d'Espagne. Il ne sera pas inutile de s'arrêter un peu ic^.

[1713] BRANCHE DE ROBECQUE. 445

M. de Robecque étoit de la maison de Montmorency, d'une branche sortie du second fils de Louis de Montmorency , chef de la branche de Fosseux devenue depuis l'aînée de la maison de Montmorency . et de Marguerite de Wastines qui s'établit aux Pays-Bas. Ogier, ce puîné de Fosseux qui fit la branche de MM. de Robecque , ni son fils ne figurèrent point; son petit -fils figura fort peu, Louis, fils de ce dernier, encore^ moins; mais il eut par son mariage avec J. de Saint-Omer, les terres de ' Morbecque et de Robecque , et quelques autres , et par sa mère , dame d'honneur de la reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, fille d'Adrien III Villain, et de Marguerite Stavèle, dame d'Isenghien, la terre d'Esterres et quelques autres, Esterres fut érigé en comté en 1611. Jean , son fils, servit beaucoup en Hongrie , eut la Toison d'or et le gouvernement d'Aire: il fut créé par Philippe IV prince de Robecque, ce qui ne donne que la dénomination et nul rang ni privilège , et marquis de Morbecque. Il avoit épousé Madeleine de Lens, et il mourut en 1631. Eugène , son fils , prince de Robecque , fut gendre du duc d'Arschot- Ligne-Aremberg , et beau-père du comte de Brouay-Spinola. Ce prince de Robecque eut la Toison d'or , et il commandoit dans Saint-Omer lorsque le roi prit cette place en 1677. Il mourut en 1683. Son fils , Philippe-' Marie, prince de Robecque, passa en 1678 au service de France, et mourut de maladie à Briançon en 1691 , ayant un régiment. Il avoit épousé une fille du comte de Solre , chevalier de la Toison d'or, père du chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, et d'Isabelle-Claire Villain, sœur du prince d'Isenghien , gendre du maréchal d'Humières , et père du maréchal d'Isenghien. L'autre sœur du prince d'Isenghien, gendre du maréchal d'Humières , fut mariée en Espagne au duc de Montellano. Elle fut choisie par la princesse des Ursins dans sa première disgrâce pour être camarera-mayor de la reine , en sa place , qu'elle reprit à son retour , et [celle-ci] l'aima et la protégea toujours depuis. Elle fut depuis camareramayor de la princesse des Asturies, fille de M. le duc d'Orléans, morte à Paris reine d'Espagne et veuve.

Ce prince de Robecque mort à Briançon laissa une fille religieuse et deux fils. L'aîné , à l'occasion duquel cette descendance est traitée , porta le nom . sans rang ni distinction nulle part . comme ses pères , de prince de Robecque , le cadet celui de comte d'Esterres. Tous deux servirent en France : l'aîné fut maréchal de camp. A la fin de 1709 , il passa, avec l'agrément du roi , en Espagne , pour s'y attacher. La duchesse de Montellano étoit, comme on l'a vu, sœur de sa grand'mère, et le comte de Solre , chevalier du Saint-Esprit , lieutenant général au service de France . étoit frère de sa mère. Ce comte de Solre avoit épousé une Bournonville , cousine germaine de la maréchale de Noailles . filles des deux frères , et fort liée avec elle. Le crédit de la maréchale de Noailles et celui de la duchesse de Montellano sur Mme des Ursins qui avoit fort connu et aimé aussi la comtesse de Solre dans les anciens temps qu'elle avoit passés à Paris , firent la fortune du prince de Robecque en Espagne. Il fut fait lieutenant général en arrivant, fort approché du roi d'Espagne , gentilhomme de la chambre bientôt après , grand d'Espagne de la première classe en avril de cette année, pour épouser Mlle de

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