LE DAUPHIN MONTRÉ AU CLERGÉ
louanges du roi avec la rigueur déployée à plein des impôts. Venant après au clergé plus expressément , il osa parcourir tous les tristes effets d'une si grande continuité d'exactions sur la partie sacrée du troupeau de Jésus-Christ qui sert de pasteur à l'autre , et ne feignit point dire qu'il se croiroit coupable de la prévarication la plus criminelle , si , au lieu d'imiter la force des évêques qui parloient à de mauvais princes et à des empereurs païens , lui , qui se trouvoit aux pieds du meilleur et du plus pieux de tous les rois , il lui dissimuloit que le pain de la parole manquoit au peuple , et même le pain de vie , le pain des anges , faute de moyens de former des pasteurs, dont le nombre étoit tellement diminué que tous les diocèses en manquoient sans savoir où en faire. Ce trait hardi fut paraphrasé avec force, et avec une adresse admirable de louanges pour le faire passer.
Le roi remercia d'une manière obligeante pour celui qui avoit si bien parlé. Il ne dédaigna pas de mêler dans sa réponse des espèces d'excuses et d'honnêtetés pour le clergé. Il finit , en montrant le Dauphin , qui étoit près de lui , aux prélats , par dire qu'il espéroit que ce prince , par sa justice et ses talents, feroit tout mieux que lui, mêlant quelque chose de touchant sur son âge et sa mort peu éloignée. Il ajouta que ce prince répareroit envers le clergé les choses que le malheur des temps l'avoit obligé d'exiger de son affection et de sa bonne volonté. Il en tira pour cette fois huit millions d'extraordinaire. Toute l'assistance fut attendrie de la réponse, et ne put se taire sur les louanges de la liberté si nouvelle de la harangue et l'adresse de l'encens dont il sut l'envelopper. Le roi n'en parut point choqué , et la loua en gros et en peu de mots, mais obligeants, à l'archevêque, et le Dauphin parut touché et peiné de ce que le roi dit de lui. Le roi fit donner un grand dîner à tous les prélats et députés du second ordre , et de petits chariots ensuite pour aller voir les jardins et les eaux.
A la harangue de l'ouverture que prononça le cardinal de Noailles , le roi , en montrant le Dauphin au clergé , avoit dit : a Voilà un prince qui, par sa vertu et sa piété, rendra l'JÉglise encore plus florissante et le royaume plus heureux. » C'étoit aussi à Marly.
Le Dauphin fut fort attendri , et s'en alla , aussitôt après la réponse du roi , recevoir dans la chambre la harangue des mêmes députés par le cardinal de Noailles, qui le traita de Monseigneur, et sans ajouter, comme avoit fait le premier président à la tête de la députation du parlement, que c'étoit par l'ordre exprès du roi. La harangue fut belle, et la réponse courte , sage , polie , modeste , précise -, Mme la Dauphine les reçut ensuite chez elle , le cardinal de Noailles portant toujours la parole. Revenons aux obsèques de Monseigneur.
On a vu (p. 1 de ce volume) que le genre de la maladie dont il étoit mort n'avoit permis aucunes cérémonies, et avoit fait tout aussitôt après brusquer son enterrement. Le 18 juin , qui étoit un jeudi , fut pris pour le service de Saint-Denis , où se trouvèrent , à l'ordinaire , le clergé et les cours supérieures. Le Dauphin, M. le duc de Berry et M. le duc d'Orléans firent le deuil. Le due de Beauvilliers , premier gentilhomme de la chambre unique du Dauphin , assisté de Sainte-Maure , un des