Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence
Louville envoyé secrètement en Esjjagne. — Sa commission très-importante et très-secrète. — Incapacité surprenante du duc de Noailles. — Jalousie exlième du maréchal d'Huxelles. — Craintes et manèges intérieurs d'Albéroni on Esp-.gne. — Insolence de l'intiuisition sur les deux frères Macanas. — (cardinal Acquaviva chargé, au lieu de Molinez, des affaires d'Espagne à Rome. — La peur qu'Albéroni et Aubenton ont l'un de l'autre les unit. — Giiidice ôlé d'aupiès du prince des Asturies et du conseil. — Popoli fait gouverneur du prince des Asturies-, sa figure et son caractère. — Mécontentement réciproque entre l'Espagne et l'Angleterre. — Fourberie d'Albéroni pour en profiter. — Les Anglois, en peine du chagrin du roi d'Espagne sur leur traité avec l'empereur, le lui communiquent, et en même temps les propositions que leur lait la France, et leur réponse. — Malignité contre le régenl pour le brouiller avec le roi d'Espngne. — Adresse de S.anlioi)e pour se défaire de Monteléon en Angleterre, et gagner Albéroni, qui passe tout aux Anglois. — Albéroni, gagné p-ir la souplesse de Stanhope, donne carte blanche aux Anglois pour signer avec eux une alliance défensive. — Embarras et craintes diverses de Bubb , secrétaire et seul ministre d'Angleterre à Madrid. — Prétentions des Anglois insupportable pour le commerce , qu'Albéroni ne leur conteste seulement pas. — Bassesses et emiiiessement pour les Anglois. — Crainte d'Albéroni des Parmesans , qu'il empêche de venir en Espagne. — Louville à Madrid ; en est renvoyé sans pouvoir être admis. — 11 en coûte Gibraltar à l'Espagne. — Impostures d'Albéroni sur Louville. — Le régent et Albéroni demeurent louiours piqués l'un contre l'autre du voyage de Louville.
La négociation entre la France et l'Angleterre prenoit quelquefois une face plus riante. Toutes deux désiroient y attirer l'Espagne par des vues différentes. Le régent en sut profiler pour ménager à l'Espagne la restitution actuelle de Gibraltar , qui étoit la chose du monde qui l'intéressoit davantage. Gibraltar ne laissoit pas d'être à charge au roi d'Angleterre bien comme il étoit avec les Barbaresques , et fort supérieur en marine à l'Espagne. Avec le Port-Mahon, Gibraltar lui étoit inférieur en usage et en importance à la dépense et à la consommation qu'il lui en coûtoit. Il consentit donc à. le rendre à l'Espagne moyennant des riens qui ne valent pas s'en souvenir; mais comme il ne vouloil pas s'exposer aux cris du parti qui lui étoit contraire , il exigea un grand secret et une forme. Pour le secret, il voulut que rien de cela passât par Albéroni, ni par aucun ministre espagnol ni anglois, mais directement du régent au roi d'Espagne par un homme de confiance du choix du régent, et de condition à être admis à parler au roi d'Espagne tête à tête. La Saint-Simon ix 1