‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 115 sur 319 · TRÈS-DIFFÉRENTE DES LAVAL-MONTMORENCY · texte numérisé non relu

TRÈS-DIFFÉRENTE DES LAVAL-MONTMORENCY

connue auparavant, ne s'est élevée à ce point que par l'alliance et l'héritage de l'aînée de la dernière branche de l'autre; mais cette vérité n'empêche pas que ce que j'avance ici ne soit vrai de l'extrême illustration en tous genres de cette maison de Montfort depuis qu'elle est devenue Laval jusqu'à son extinction, et de l'obscurcissement en tous genres aussi où est tombée la branche de Laval-Montmorency depuis le mariage de son héritière aînée dans la maison de Montfort jusqu'à aujourd'hui. On n'y trouve que des alliances communes , peu de fort bonnes, quantité de basses, peu de biens, point de terres étendues, point de charges d'emplois, nulles distinctions . si on en excepte Gilles de Laval, seigneur de Raiz, etc., maréchal de France en 1437, pendu et brûlé juridiquement à Nantes , pour abominations , 25 décembre 1440 , et Urbain de Laval , seigneur de Boisdauphin , etc. , maréchal de France en 1599, dont le fils n'a point laissé d'enfants, et le maréchal de Raiz une fille unique, mariée au maréchal de Loheac-Laval -Montfort, morts tous deux sans enfants. On voit ainsi que rien n'est si essentiellement difierent, ni plus étranger l'un à l'autre , quoique avec le même nom et les mêmes armes que ces deux maisons de Laval , l'une cadette de Montmorency , l'autre du nom de Montfort en Bretagne , qui quitta son nom et ses armes pour porter uniquement le nom de Laval et les armes de Montmorency brisées de cinq coquilles d'argent sur la croix, en épousant la riche et unique héritière de la branche aînée de Laval-Montmorency, et la facilité qu'a eue la hardiesse de M. de Laval de revêtir les branches de Laval-Montmorency des plumes d'autrui , et de s'attribuer toutes les grandeurs , alliances et distinctions des Laval-Montfort , éteints depuis si longtemps. Il drapa donc à la mort du roi, et tous les Laval ont toujours depuis drapé sur ce fondement si évidemment démontré faux par ce qui vient d'en être mis au net.

Mais cette mensongère usurpation n'est pas la seule imposture dont le même M. de Laval ait voulu s'avantager , et que son audace ait alors persuadée à l'ignorance du monde, et à son incurie et à sa paresse d'examiner. Il publia que sa maison avoit eu la préséance sur le chancelier de France , et sur sa périlleuse parole on eut la bonté de n'en pas douter. La vérité est qu'il se contenta d'avancer cette fausseté ainsi en général, et qu'il se garda bien de s'enferrer dans aucune particularité d'occasion ou de date. Le célèbre André du Chêne , qui a donné une histoire fort étendue de la maison de Montmorency, où il n'oublie rien pour la relever . et qu'il dédia à M. le Prince , fils d'une fille du dernier connétable de cette maison , n'en dit pas un mot , et il n'est pas croyable que ses recherches lui eussent laissé ignorer un fait aussi singulier, ou qu'il eût voulu l'omettre. Ni les Laval-Montfort n'ont eu cette préséance dans toute la durée de leur grandeur, ni les cadets Laval- Montmorency de cette héritière de leur branche aînée, dont le mariage avec le Montfort lui apporta et à sa postérité tant de splendeur , et à ces mêmes cadets Laval-Montmorency un obscurcissement qui, de degré eu degré , les a fait tomber dans un état où , même dans les temps les plus voisins du mariage de leur héritière aînée avec le Monfort , ils ne se sont jamais trouvés en situation de rien prétendre au delà de tous les Saint-Simon ix 8

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