‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 143 sur 319 · NULLE PROPORTION DES ÉTATS GENERAUX · texte numérisé non relu

NULLE PROPORTION DES ÉTATS GENERAUX

par la première concession ; de là une troisième ; et votre politique et naturelle bonté , et l'ardeur et la fécondité des états s'accroissant mutuellement, les bornes deviendroient bien difficiles.

Et que Votre Altesse Royale se garde bien de tirer les conseils , et ce qui s'y passe , en exemple pour les états. Nulle proportion , nul raisonnement, nulle conséquence à tirer des premiers pour les seconds. Les conseils , vous les avez établis. Quoique très-nombreux , ce n'est qu'un point par rapport à la multitude des députés aux états généraux, qui ne vous auront point une obligation personnelle de leur députation, au moins pour le grand nombre , quoi que vous puissiez faire lors de leurs élections, comme l'ont tous ceux qui de votre seul choix tiennent des places honorables et permanentes, mais seulement honorables autant que vos bontés et votre confiance , en quelque degré que ce soit , y est jointe , et permanente autant qu'il vous plaît; tous gens nés ou venus à la cour, et dont les emplois miUtaires ou civils ont ployé les manières à un respect et à une crainte de déplaire , qui pourra être aussi dans les états , mais différemment tournée, et qui y aura pour contre-poids l'appui mutuel, le zèle du patrimoine et de la liberté , le motif de se signaler pour son pays et de se faire un nom , celui du bien public , prétexte dans les uns , objet réel dans le plus grand nombre, mais objet d'autant plus dangereux qu'il est à craindre qu'il ne soit pas bien pris dans l'idée même sincère de ce plus grand nombre , et qu'il ne soit bien difficile de vaincre sa défiance sur ce point par des raisons qui le touchent. Alors les plus capables, ceux qui raisonneroient le plus juste, et qui tempéreroient le mieux par leurs sages réflexions l'esprit zélateur de l'assemblée , craindront de se commettre avec elle , et sans réussir d'y laisser trop du leur. Leurs maux passés et présents sont un aiguillon pressant qui, se joignant à celui de la liberté maintenant si à la mode , ou encore à celui de l'autorité que chacun s'arroge , qui n'y devient pas moins , et qui dans une pareille assemblée sera dans toute sa force, et n'y sera contredit d'aucun ou de bien peu de membres ; la considération puissante , qu'ils auront toujours devant les yeux, que l'occasion passée, tout affranchissement est sans retour ; toutes ces choses feront parler haut les états , dont aucune ne se trouve dans les conseils, qui se laissent aisément et doucement conduire à ceux qui leur président , et plus encore à Votre Altesse Royale , dans les yeux de laquelle sont souvent leurs avis , par une habitude de dépendance, augmentée par le respect pour sa personne , et par la conviction de la justesse de ses sentiments et de la pureté de ses intentions. Là personne n'a de nom à se faire, de liberté ni d'autorité à acquérir , de foule où se dérober, ni , pour ainsi dire , la nation en croupe pour asile. Il ne s'y agit que de voir les affaires qui y sont portées, point du tout de s'en former, ni de proposer des plans, des réformations , des prétentions. Tous , et chacun de ceux qui les composent , ne peuvent tirer de considération que de la portion de l'autorité royale que l'emploi qu'ils tiennent devons leur donne à exercer; et messieurs de la régence , devant qui les affaires discutées ailleurs se rapportent , et qui en ont la voix définitive , n'exercent eux-mêmes aucune portion de l'autorité royale, mais opinent seulement de quelle

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