ET LE TROISIÈME ORDRE INÉVITABLE
et les circonstances présentes ne semblent pas trop en état [de] réprimer suffisamment. Nouvelles difficultés pour Votre Altesse Royale , et toutes plus fâcheuses les unes que les autres.
Le militaire , nerf de l'État , élite de la noblesse , a infiniment souflert dans les dernières années du feu roi , et non depuis votre régence. Vos moyens à cet égard n'ont pu être d'accord avec votre inclination, mais ne comptez pas , Monseigneur , que le mécontentement en soit moindre. Les gens de guerre, remplis d'espérances proportionnées à leurs besoins, ont vu avec une extrême joie passer entre les mains de ceux de leur métier l'administration de tout ce qui le regarde sous un régent qui en a fait sa gloire , mais ce régent guerrier , ni ses ministres pris des armées, n'ont pu répondre à ses justes désirs, et ces désirs déçus causent un chagrin que l'espérance ne soutient plus , et qu'il n'est pas même permis de vous taire. Les conséquences de ce malheur , c'est à votre prudence à les prévenir ; mais dans une telle situation je douterois beaucoup si ce ne seroit pas une raison de plus , et bien forte , contre une convocation d'états généraux , qui n'en seroient pas au moins plus dociles, ni peut-être moins hasardeux.
Le tiers état ne sera pas plus aisé que les deux premiers ordres. Après ce qui a été examiné sur ceux-là , la matière de celui-ci est dégrossie. Il ne laisse pas de présenter des réflexions qui lui sont particulières, et qui ne méritent pas moins d'attention que les précédentes.
Ceux dont il est composé forment une assemblée diverse. La magistrature en a si constamment qu'elle ne le peut nier , et que tous les exempts y sont précis. Quoique les dignités , les offices et les charges excitent plus que jamais de la contention dans les esprits , la règle est si certaine en France en leur faveur, au préjudice de toute autre considération, que sans nul égard pour l'extraction noble, dès que ceux qui en sont se trouvent revêtus de quelque magistrature que ce soit , et députés aux états généraux , ce n'est jamais que pour le troisième ordre. Je ne parle pas du chancelier qui y est dans son rang particulier d'officier de la couronne, ni du garde des sceaux qui , bien que commission amovible , a l'honneur d'y participer à cause de celui du dépôt dont il est chargé. Mais nul autre magistrat n'en est excepté, sur quoi il y auroit des remarques à faire dans des usages hors des états, qu'il est inutile d'expliquer ici, parce que la vérité qu'on avance na pas besoin de preuves. Il est pourtant vrai que cette identité d'ordre avec de simples bourgeois a quelquefois déplu à la première magistrature , et qu'elle a quelquefois voulu s'en séparer. Mais l'État n'étant composé que de trois ordres, et la magistrature ne pouvant entrer dans les deux premiers, il ne lui reste que le troisième. L'autorité qu'elle s'est acquise sous le dernier règne , et ce qui en paroît depuis la régence , ne laisse pas présumer que sa répugnance ait diminué à figurer dans le tiers état. Quelques assemblées rares et informes lui pourront donner lieu à prétendre diviser ce dernier ordre en deux distincts, et à en composer seuls la première partie ; premier sujet de contestation dans tout cet ordre , qui aura droit de s'y opposer , et de soutenir les règles anciennes , et qui ont été suivies dans tous les vrais élats. Les deux premiers ordres le vou-