VUES DU ROI DE PRUSSE
l'empereur et obtenir le libre exercice de la religion catholique dans ses Étals. — Le czar l'amuse et se moque de lui. — Il en parle très-sensémeut au maréchal de Tessé, — Molinez, inquisiteur général d'Espagne, revenant de Rome en Espagne, arrêté à Milan. — Embarras et caractère du pape. — Promotion d'Albéroni est l'unique affaire. — Il se moque de Molinez, s'assure du régent sur sa promotion. — Ses vanteries. — La cour d'Espagne à l'Escurial malgré la reine. — Aldovrandi y arrive. — Manèges d'Albéroni. — L'Angleterre reprend la négociation de la paix entre l'empereur et l'Espagne. — Divisions domestiques en Angleterre. — Son inquiétude sur le czar. — Troupes russiennes sortent de Mecklorabourg. — Le Danemark, inquiet sur le nord, éprouve le mécontentement de la Russie. — Le czar veut traiter avec la France. — Obstacles du traité. — Le czar en mesure avec l'empereur à cause du czarowitz. — Plaintes et avis du roi de Prusse. — Office du régent sur le nord. — Scélératesse du nonce Renlivoglio. — Le Prétendant à Rome; y sert Albéroni. — Soupçons de nouveaux délais de sa promotion. — Hauteurs et manèges du pape. — Départ de Cadix de la flotte d'Espagne. — Scélératesse d'Albéroni. — Giudice à Rome. — Misère de sa conduite , de sa position, de sa réputation. — Friponnerie d'Ottobon, — Chiaous à Marseille. — Vie solitau-e et pénitente de Ragolzi.
Le voyage du czar en France, au commencement de mai, devint l'attention de toute l'Europe , en particulier de l'Angleterre. Le roi de Prusse y seroit venu en même temps si on ne lui en eût fait craindre du ridicule . et que l'empereur n'en prît un violent ombrage. Ces deux princes étoient également mécontents du roi d'Angleterre, ils ne comptoient pas d'avoir rien à espérer de l'empereur. Leur vue étoit de conclure une paix avantageuse avec la Suède.
Le roi de Prusse sollicitoit le régent d'ordonner positivement au comte de La Marck , ambassadeur de France auprès du roi de Suède , d'engager proraptement une négociation pour la paix entre eux et d'en poursuivre vivement la conclusion. Il insistoit à profiter delà guerre du Turc, dont l'empereur ne seroit pas plutôt débarrassé qu'il voudroit agir en maître des affaires de l'empire et de celles du nord , où il prendroit des liaisons préjudiciables à la France. Il avertissoit le régent de se défier de Georges tout occupé de ménager l'empereur à cause de ses États d'Allemagne , et de ceux qu'il avoit usurpés sur la Suède , et à qui il vouloit faire toucher deux cent cinquante mille livres sterling, que le parlement alloit lever pour le payement des arrérages dus aux alliés de l'Angleterre et des subsides de la dernière guerre. Irrité d'être frustré de sa part sur cette somme , il désiroit prendre avec la France des engagements plus forts que ceux qu'il avoit déjà avec elle par un traité secret. Il avoit paru éluder la proposition que le régent lui avoit f.iite d'entrer dans la triple alliance , alarmée aussi du bruit répandu que le roi d'Angleterre y faisoit admettre le Danemark. Il n'étoit pas aisé de compter sur le roi de Prusse, léger, inconstant, plein de variations subites , et qui prodiguoit à l'empereur tout ce qu'il espéroit lui pouvoir concilier sa protection.
Il fit savoir au czar, à Paris, en mai, qu'ils ne dévoient compter ni l'un ni l'autre sur l'empereur pour la conservation de leurs conquêtes
252 INQUIÉTUDE DU ROI d' ANGLETERRE. [1717]
sur la Suède ; qu'il étoit de leur intérêt commun de ne pas attendre que l'empereur fût débarrassé de la guerre du Turc pour traiter avec la Suède, et qu'ils ne le pourroient faire avantageusement que par le moyen de la France. C'étoit lui dire de s'attacher à cette couronne. Cet avis étoit fondé sur ce qu'il lui étoit revenu que les ministres de Vienne avoient dit à celui de Russie que , sensible à la confiance du czar, l'empereur prendroit volontiers des mesures plus étroites avec lui pourvu qu'il ne s'agît point des affaires du nord, dont jusqu'alors il ne s'étoit point mêlé , et qu'il ne pouvoit dans ces affaires exercer que son office de juge supérieur. Que d'ailleurs , si le czar vouloit prendre avec lui quelques mesures sur la guerre du Turc , il en seroit fort aise.
Quelque temps après le roi de Prusse apprit que l'empereur, irrité plus que jamais du séjour des troupes moscovites dans le Mecklembourg, malgré les promesses de bouche et par écrit de les en retirer , avoit dit qu'il les en feroit sortir à main armée , et demandé à ceux qui lui représentoient les suites d'un pareil engagement s'ils craignoient les Moscovites, qu'il n'avoit, lui, aucun sujet d'appréhender. Le roi de Prusse fit communiquer ces avis au czar, et ses soupçons des desseins secrets du roi d'Angleterre de joindre à ses troupes celles du Danemark et des princes de la basse Allemagne pour chasser les Moscovites du Mecklembourg, sous le nom et l'autorité de l'empereur. Le czar répondit à la confiance du roi de Prusse , et l'assura qu'il pensoit sérieusement à un traité avec la France; qu'il lui communiqueroit tout ce qu'il y feroit, et lui promit de ne rien conclure sans sa participation.
Georges connoissoit très-bien le caractère de son gendre , capable d'entrer en beaucoup de choses contre lui. Mais , se reposant sur sa perpétuelle instabilité, il tournoit toute son inquiétude sur le voyage du czar à Paris, persuadé que c'étoit dans le dessein d'y prendre des liaisons étroites, dont le séjour des troupes moscovites dans le Mecklembourg augmentoit l'alarme. Il n'avoit plus de prétexte de conserver ses troupes. Le roi de Suède désavouoit ses ministres. Nul vaisseau ni préparatif dans le port de Gottembourg. Ainsi, Georges se trouva forcé de déclarer au parlement qu'il réformoit dix mille hommes. La France ne donnoit plus d'alarmes à l'Angleterre, surtout depuis la triple alliance, et la Hollande persévéroit dans son ancienne habitude de lui être soumise. Elle ne voulut admettre le roi de Prusse dans la triple alliance , dont il l'avoit fait sonder, qu'autant que le roi d'Angleterre le désireroit; et ce prince, voulant découvrir si le czar y étoit reçu, le Pensionnaire répondit au ministre de Prusse que l'alliance n'étoit qu'entre j)uissances voisines, pour maintenir l'amitié et la sûreté commune, et ne regardoit en aucune manière le czar; qu'elle deviendroit trop universelle si elle s'étendoit à des princes éloignés , et que , par même raison, il seroit étrange que le Danemark y voulût entrer. La clarté de cette réponse enraya le ministre de Prusse sur l'admission du czar, de peur de nuire à son maître.
Leurs ministres à Paris sembloient marcher fort de concert. Kniphausen , qui avoit la confiance du roi de Prusse , étoit venu de Hollande à Paris relever Vireck. Schaffirof, vice-chancelier du czar avoit aussi la