HONNEURS DU LOUVRE ACCORDÉS À DANGEAU
leurs propres dépens. Cela ne dura qu'un jour ou deux. Le duc de Noailles alla leur parler; ils comprirent qu'il n'en seroit autre chose; que s'ils s'opiniâtroient on se passeroit d'eux, et qu'on n'auroit d'autres moyens d'exécuter ce q'uon [avoit] entrepris contre les gens d'affaires. Ils se remirent à travailler, et le parlement en fut pour sa levée de bouclier, et n'avoir montré que sa mauvaise volonté et en même temps son impuissance.
M. le duc d'Orléans nomma gouvernante de miles ses filles Mme de Cheverny dont le mari étoit déjà gouverneur de M. le duc de Chartres. Ils en étoient l'un et l'autre fort capables , et la naissance et les emplois précédents de Cheverny honorèrent fort ces places qu'ils voulurent bien accepter.
Livry, premier maître d'hôtel du roi, obtint pour son fils la survivance de sa charge, et de conserver un brevet de retenue de quatre cent cinquante mille livres qu'il avoit dessus.
Effiat , ravi d'abord d'être quelque chose , trouva enfin son mérite peu distingué par la vice-présidence du conseil des finances. Il n'y voulut plus demeurer, mais entrer dans celui de régence à la dernière place. M. le duc d'Orléans eut la pitoyable facilité de le lui accorder, à la grande satisfaction de ses bons amis le duc du Maine , le maréchal de Villeroy et le chancelier. Personne ne s'en douta que lorsque cela fut fait.
Ce prince , dont la facilité se pouvoit appeler un dévoiement , accorda les honneurs du Louvre leur vie durant à Dangeau et à la comtesse de Mailly , qu'ils avoient perdus avec leurs charges de chevalier d'honneur et de dame d'atours par la mort de la dernière Dauphine. Le feu roi les leur avoit donnés avec ces charges , n'y ayant lors ni reine ni Dauphine. C'en fut le premier exemple, qu'ils durent à Mme de Maintenon. Il n'y avoit jamais eu que chez la reine où ces charges donnassent ces honneurs, et encore fort nouvellement; et je doute même que cela ait été du temps de la reine mère, avant le mariage du roi son fils, tout au plus avant sa régence. Pour chez les Dauphines , il n'y en avoit point eu depuis la mort de François I" jusqu'au mariage de Monseigneur; car la trop fameuse Marie Stuart . qui la fut un moment , garda et communiqua à François II, son mari, Dauphin, le nom et le rang de reine et de roi d'Ecosse en l'épousant; d'où vient, pour le dire en passant, que la république de Venise a conservé de là l'usage , en écrivant à nos Dauphins, de les traiter à la royale, et de suscrire leur lettre au roi dauphin.
On a vu en son lieu , ici , à propos de Mme de Maintenon , qu'au mariage de Monseigneur elle voulut avoir une dame d'honneur de sa confiance; que pour cela on fit passer la duchesse de Richelieu, dame d'honneur de la reine, à Mme la Dauphine; que pour payer sa complaisance on fit présent au duc de Richelieu de la charge de chevalier d'honneur, avec permission dès lors de la vendre tout ce qu'il en pourroit trouver; que Mme de Maintenon voulut un titre pour se recrépir, et qui l'approchât de la Dauphine sans la contraindre pour le service ; que pour cela il y eut pour le premier exemple deux dames d'atours : la maréchale de Rochefort pour l'être en efiet , et Mme de Maintenon pour en avoir le nom. Ainsi le chevalier d'honneur et la première dame d'atours