PROCESSION DE NOTRE-DAME
esprit de misère qui venoit de mettre Tallard dans le conseil de régence fit aller M. le duc d'Orléans à la procession ; et comme les mez.zo-tcrmine étoient de son goût , le premier président , de concert avec le duc et la duchesse du Maine , lui en suggérèrent un qui portoit tellement son excommunication sur le front, qu'il est incroyaMe qu'un prince d'autant d'esprit que M. le duc d'Orléans y pût donner, et que, de tous ceux qui l'excitèrent à cette procession , pas un ne s'en aperçut ou ne lui fut assez attaché pour l'en avertir; car le singulier est que je ne le sus que le matin même du 15, que la procession étoit pour l'après-dînée ; et qu'il n'y avoit plus qu'à hausser les épaules. Ce mezzo-termine ^ si bien imaginé pour accommoder toutes choses , fut une procuration du roi à M. le duc d'Orléans pour tenir sa place à la procession , où en cette qualité il iroit des Tuileries à Notre-Dame , et en reviendroit comme le roi , et avec le même accompagnement de carrosses, pages, valets de pied, gardes du roi , Cent-Suisses , etc. , ayant à Notre-Dame , et pendant la procession , le premier gentilhomme de la chambre en année , et le duc de Villeroy , capitaine des gardes du corps en quartier , avec le bâton , derrière lui , et le capitaine des Cent-Suisses devant lui , et les aumôniers du roi de quartier en rochet , manteau long et bonnet carré , pour le servir comme le roi. Avec cette royale mascarade, le parlement eut la complaisance de le vouloir bien souffrir à sa droite , et se réserva le plaisir de s'en bien moquer. On laisse à penser quel eflet opéra une telle comparse, fondée sur aucune sorte d'apparence d'usage, de coutume, encore moins de nécessité, faite par un prince qui se donnoit publiquement . par ses discours et par sa conduite , pour se moquer de bien pis que d'une procession, et qui, par les renonciations, la paix d'Utrecht et l'âge où le roi [étoit] , étoit encore pour longtemps l'héritier présomptif de la couronne. Quoi donc de plus simple et de plus naturel à répandre et à persuader que M. le duc d'Orléans , dans la soif et dans l'espérance de régner , avoit saisi une occasion de se donner la satisfaction de se montrer en roi en une cérémonie publique, en avant-goût de ce qui lui pouvoit arriver , et pour accoutumer Paris à lui en voir toute la pompe et la majesté en plein , comme il en exerçoit le pouvoir ?
Avec les horreurs semées lors de la perte des princes , père , mère , frère et oncle du roi , sans cesse rafraîchies par leurs pernicieux auteurs , on peut imaginer ce qui fut répandu dans Paris, dans les provinces, dans les pays étrangers et dans l'esprit du roi , par la facilité et l'autorité de l'accès auprès de lui de ceux qui vouloient accréditer ces exécrables soupçons et en grossir les idées. Aussi firent-elles un grand bruit, et la fête n'avoit été proposée ni imaginée pour autre chose. Après la chose faite, M. le duc d'Orléans n'osa jamais m'en parler, et l'indignation me retint autant de lui en rien dire aussi, que l'inutilité de le faire après coup. L'autre effet fut d'aflermir le monde dans la folle idée de la supériorité , tout au moins de l'égalité du parlement avec le régent, qui se semoit depuis longtemps avec art, et qui de cette époque prit faveur générale, et-d'enfier le parlement au point qu'on verra bientôt, rallié avec tous les ennemis du régent et d'une multitude de