‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 229 sur 319 · ARTIFICES DE SAINT-SAPHORIN · texte numérisé non relu

ARTIFICES DE SAINT-SAPHORIN

noit de remporter sur les Turcs et la prise de Belgrade. Néanmoins les ministres d'Angleterre craignoient que l'empereur ne fût attaqué en Italie. Ils dirent même à Monteléon que, si l'entreprise regardoit la Toscane, même [s'il s'agissoit] de mettre garnison dans Livourne du consentement du grand-duc, la conséquence en seroit bien moins grande pour l'Angleterre que si elle se faisoit à Naples ou en d'autres États appartenant à l'empereur. Les ministres de ce monarque à Londres ne cessoient de presser l'exécution de la garantie par des secours effectifs, avec peu de succès, soit qu'on y voulût voir celui de l'entreprise d'Espagne, ou que leurs personnes ne fussent pas agréables. Wolckra fut en ce temps-là rappelé à Vienne pour faire place à Penterrieder pour traiter la paix de l'empereur avec le roi d'Espagne , par la médiation de la France , de l'Angleterre et de la Hollande , sur le fondement des propositions faites l'année précédente à Hanovre , concertées avec l'abbé Dubois , qui depuis avoit toujours suivi cette négociation , et qui devoit la venir reprendre jusqu'à son entière décision.

Saint-Saphorin , qui la conduisoit à Vienne pour le roi d'Angleterre, cherchoit plus à se faire valoir qu'à la mener au gré du régent. Il ne chercha dans les commencements qu'à lui inspirer des défiances des personnes qui l'environnoient et qu'il pouvoit consulter. Il disoit que le comte de Zinzendorff lui avoit souvent parlé des cabales qui se formoient contre lui , et vouloit , sur ce qu'il avoit tiré de ce ministre et de quelques autres à Vienne , qu'il étoit de l'intérêt de l'empereur de soutenir ceux du régent, dont les ennemis attachés aux maximes du gouvernement précédent vouloient exciter des brouilleries dans l'Europe , et réunir ensemble les deux monarchies de France et d'Espagne; que l'unique moyen de s'y opposer étoit une union étroite entre l'empereur et le régent, qui lui donnât courage et force nécessaire d'anéantir ses ennemis qui étoient aussi ceux de l'empereur, et c'étoit, disoit-il, l'avis de Zinzendoff. Stairs, sous une apparente affection, avoit souvent tenu les mêmes langages. Il s'étonnoit de la douceur et de la patience du régent , qui à son avis , s'il avoit un procès devant le conseil de régence ne l'y gagneroit pas. Lui et Saint-Saphorin , par qui la négociation passoit, tâchoient d'inspirer, à Vienne, l'opinion du peu d'autorité du régent, en quoi ils ne pouvoient se déguiser leur mensonge, surtout Stairs qui étoit sur les lieux. Kœnigseck n'étoit chargé de rien que du cérémonial. L'empereur vouloit qu'il obtînt les mêmes distinctions dont jouissoit le nonce, mais avec un ordre secret de s'en désister s'il ne pouvoit soutenir cette prétention sans se mettre hors d'état de traiter les affaires dont il pourroit être chargé.

La cour de Vienne embarrassée dans la guerre de Hongrie , avoit une grande inquiétude que l'entreprise d'Espagne ne se bornât pas à la Sardaigne. L'Angleterre, qui lui trouvoit trop d'ennemis, ne se pouvoit persuader que le roi de Sicile ne fût du nombre par son intérêt et par celui de l'Espagne , qu'on n'imaginoit pas pouvoir s'en passer ; et les ministres du roi d'Angleterre ne se pouvoient rassurer sur les réponses constantes que La Pérouse , ministre de ce prince à Londres , faisoit à leurs questions. Les ministres allemands de Georges , aussi ardents que

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